Le Gras en Charcuterie Maison : Ce Que Vous Devez Vraiment Savoir

Vous êtes devant l’étal du boucher. Poitrine, échine, gorge fraîche : tous ces morceaux riches et persillés qui donnent envie… mais une petite voix dans votre tête murmure : “Tout ce gras, c’est raisonnable ?” Surtout quand on lit partout que les charcuteries industrielles sont pointées du doigt pour leur teneur en graisses saturées et leurs additifs.

C’est la question que Marie, 38 ans, maman de deux enfants, se pose régulièrement. Elle veut bien faire pour sa famille, surveille les étiquettes, évite les nitrites… mais elle hésite à se lancer dans la charcuterie maison précisément à cause de cette histoire de gras. “J’ai peur que ce soit encore pire que ce qu’on achète en supermarché”, m’a-t-elle confié.

Et si je vous disais que cette peur repose sur une confusion majeure ? Que le gras de vos rillettes maison n’a rien à voir avec celui du jambon sous plastique ? Que vous avez, en réalité, un pouvoir énorme entre vos mains : celui de choisir la qualité, de doser la quantité, et d’adapter vos recettes à vos besoins réels.

Dans cet article, nous allons démêler le vrai du faux sur le gras en charcuterie. Vous allez découvrir pourquoi le gras est indispensable, comment il diffère radicalement entre industrie et fait-maison, et surtout comment adapter vos recettes pour allier plaisir et santé. Parce qu’en charcuterie maison, c’est vous qui décidez.

Cet article fait partie de notre dossier complet sur la charcuterie maison et santé, où nous déconstruisons les idées reçues pour vous aider à faire des choix éclairés. Pour une vision complète de l’univers de la charcuterie, consultez notre guide complet de la charcuterie maison.


Pourquoi le gras est-il indispensable en charcuterie ?

Avant de parler santé, il faut comprendre un truc essentiel : le gras en charcuterie n’est pas là par hasard. Ce n’est pas un ajout inutile qu’on pourrait supprimer d’un claquement de doigts. C’est un ingrédient technique, au même titre que le sel ou le temps de repos. Retirer le gras d’une charcuterie, c’est comme retirer le beurre d’une pâte feuilletée : ça ne marche tout simplement pas.

Le gras donne la texture

Prenons les rillettes maison. Cette texture fondante, presque crémeuse, qui fond sur la langue ? C’est le gras qui travaille. Pendant la cuisson lente, le gras fond, imprègne les fibres de viande, crée cette onctuosité incomparable.

Essayez de faire des rillettes avec de la viande maigre : vous obtiendrez une texture sèche, filandreuse, presque désagréable en bouche. J’ai fait l’expérience il y a quelques années, en tentant de “mieux manger”. Résultat : des rillettes immangeables que même mes poules ont boudées.

C’est pareil pour les pâtés de campagne maison. Le gras lie la farce, empêche la viande de se compacter trop fort à la cuisson, crée ces petites poches de tendreté. Sans gras, votre pâté ressemblera à une semelle de chaussure.

Pour les saucisses, c’est encore plus critique : le gras évite l’effet “éponge sèche” après cuisson. Il maintient le juteux, le moelleux. Un boucher m’expliquait que dans les saucisses industrielles premier prix, on remplace souvent le gras de qualité par de l’eau et des additifs pour “simuler” le juteux. Résultat : une saucisse qui rend de l’eau à la cuisson et se rétracte de moitié.

Le gras porte les saveurs

Voici quelque chose qu’on ne vous dit pas assez : les arômes sont liposolubles. En français simple, ça veut dire que les molécules d’ail, de thym, de poivre, de vin blanc… se dissolvent dans le gras, pas dans l’eau.

C’est pour ça que le beurre porte si bien les saveurs en cuisine. C’est pour ça que l’huile d’olive infusée à l’ail est si parfumée. Et c’est pour ça que le gras en charcuterie est un exhausteur de goût naturel.

Quand vous mangez de la poitrine séchée maison, ce gras persillé qui traverse les tranches ? C’est lui qui capte les épices du frottage, qui développe ces arômes de noisette pendant le séchage, qui explose en bouche quand la graisse fond légèrement au contact de votre palais.

Sans gras, vos recettes seraient fades, même avec trois fois plus d’épices. Le gras est le support, le véhicule des saveurs. C’est lui qui fait que votre charcuterie a du goût.

Le gras joue un rôle conservateur

Nos grands-parents le savaient bien : le gras protège. C’est pour ça qu’on conservait les rillettes sous une couche de graisse figée. Cette barrière hermétique empêchait l’air de pénétrer, limitait l’oxydation, ralentissait le développement bactérien.

C’est le même principe pour les confits : la viande cuite puis immergée dans sa propre graisse se conservait des mois, même sans réfrigérateur. La graisse crée une protection physique, un joint étanche.

Pour la poitrine séchée ou le saucisson, le gras interne joue aussi un rôle : il ralentit le séchage (la viande 100% maigre sèche trop vite et durcit), maintient la souplesse, protège les fibres pendant la maturation.

Historiquement, avant l’invention du frigo, le gras était un allié de la conservation. C’est grâce à lui qu’on pouvait stocker de la viande des mois durant.

Le ratio gras/maigre classique

Alors concrètement, on parle de combien de gras dans une charcuterie ? Voici les ratios traditionnels qui ont fait leurs preuves depuis des siècles :

Pour les pâtés et terrines : le ratio classique est 1/3 de gras pour 2/3 de maigre, soit environ 30 à 35% de gras. C’est ce qui donne cette texture ferme mais fondante, cette tenue à la coupe sans sécheresse.

Pour les rillettes : on monte jusqu’à 50 à 70% de gras selon les recettes. Oui, c’est beaucoup. C’est justement ce qui fait la texture caractéristique des rillettes : cette capacité à se tartiner facilement, à fondre presque en bouche. Les rillettes maison traditionnelles contiennent 50 à 70% de gras, ce qui leur donne cette texture fondante caractéristique.

Pour les saucisses fraîches : 20 à 30% de gras, ce qui assure la jutosité sans excès. En dessous de 15%, votre saucisse sera sèche. Au-dessus de 35%, elle risque de “pisser” son gras à la cuisson.

Pour les viandes séchées : 10 à 20% de gras suffisent. Le gras persillé (marbré dans la viande) est idéal : il apporte saveur et souplesse sans alourdir.

Voici un tableau récapitulatif pour y voir clair :

Type de charcuterie% de grasTexture obtenue
Jambon blanc5-10%Maigre, ferme
Viande séchée (magret, poitrine)10-20%Souple, savoureuse
Saucisse fraîche20-30%Juteuse, moelleuse
Pâté de campagne30-35%Ferme et fondante
Rillettes50-70%Très fondante, crémeuse

Ces ratios ne sont pas arbitraires. Ils ont été affinés sur des générations pour obtenir le meilleur équilibre entre texture, saveur et conservation. Mais – et c’est toute la beauté de la charcuterie maison – vous pouvez les adapter selon vos besoins. On verra comment dans la suite de l’article.


Gras industriel vs gras maison : une différence de taille

Maintenant qu’on a compris pourquoi le gras est techniquement indispensable, parlons de l’éléphant dans la pièce : tout le gras ne se vaut pas. Et c’est là que la différence entre charcuterie industrielle et charcuterie maison devient absolument cruciale.

Le problème du gras industriel

Quand on parle de “charcuterie mauvaise pour la santé” dans les études scientifiques, on parle de charcuterie industrielle. Pas de votre pâté de campagne maison fait avec de la viande de porc Label Rouge du boucher du coin.

Voici ce qui se cache souvent dans le gras de charcuterie industrielle :

Du gras de récupération : dans l’industrie, on utilise ce qu’on appelle les “parures” – des chutes de découpe, du gras raclé sur les carcasses, des morceaux qu’aucun boucher artisan ne vendrait tel quel. Ce gras est de qualité médiocre, riche en tissus conjonctifs, pauvre en vraies graisses nobles.

Des additifs masquants : pour compenser cette mauvaise qualité, l’industrie ajoute des polyphosphates (qui retiennent l’eau artificiellement), des amidons modifiés (qui simulent l’onctuosité), des gélifiants (qui donnent une texture). Résultat : vous avez l’impression de manger du gras, mais c’est un cocktail chimique qui imite le gras.

Des gras trans : certains processus industriels (hydrogénation partielle des graisses) peuvent générer des acides gras trans, qu’on sait aujourd’hui vraiment problématiques pour la santé cardiovasculaire. C’est notamment le cas dans certaines charcuteries ultra-transformées.

Le combo gras + nitrites : plusieurs études montrent que c’est la combinaison gras + nitrites + cuisson haute température qui pose problème, en créant des composés nitrosés potentiellement cancérigènes. Ce n’est pas le gras seul, c’est le package complet. La charcuterie maison sans nitrites vous permet justement de contrôler précisément la qualité du gras utilisé sans y associer ces additifs controversés.

Je me souviens d’une interview d’un ancien technicien de l’agroalimentaire qui m’expliquait : “Dans l’industrie, le gras est une variable d’ajustement financière. On en met le moins cher possible, et on compense avec des additifs pour retrouver la texture.” Ça fait froid dans le dos.

Le gras en charcuterie maison : vous avez le contrôle

Maintenant, imaginez que vous faites votre charcuterie vous-même. Qu’est-ce qui change ?

Traçabilité totale : vous allez chez votre boucher (ou vous achetez directement au producteur), vous choisissez votre morceau de gorge fraîche, de poitrine, de bardière. Vous voyez la qualité, vous sentez la viande, vous savez d’où elle vient.

Qualité choisie : vous pouvez opter pour du porc élevé en plein air, nourri aux céréales et aux glands, Label Rouge ou bio. Ce gras-là n’a RIEN à voir avec le gras industriel. On va voir pourquoi juste après.

Quantité ajustable : dans une recette maison, vous décidez du ratio gras/maigre. Vous voulez faire un pâté plus léger ? Vous passez de 35% à 25% de gras et vous ajustez avec du bouillon de légumes pour la texture. Vous ne pouvez pas faire ça avec un jambon sous vide.

Pas d’additifs : dans vos rillettes maison, il y a quoi ? De la viande, du gras, du sel, des épices, peut-être un peu de vin blanc. Point. Pas de E250, E252, E300, E301, E316, E451… (je vous épargne la liste complète des additifs autorisés dans la charcuterie industrielle).

La différence est radicale. On ne parle même pas du même produit.

Focus : le gras d’animaux bien élevés

Voici quelque chose que j’ai découvert en creusant la question (et qui m’a bluffé) : le gras de porc change complètement selon l’élevage.

Un porc élevé en plein air, qui gambade, qui mange de l’herbe, des glands, des céréales variées… son gras est différent d’un porc en bâtiment nourri au maïs et au soja.

Concrètement :

Le ratio oméga-6/oméga-3 : dans le porc industriel, ce ratio est catastrophique, autour de 20:1 (20 fois plus d’oméga-6 que d’oméga-3). Dans un porc élevé en plein air avec une alimentation diversifiée, on descend à 8:1, voire 5:1. C’est toujours déséquilibré par rapport à un poisson gras (1:1), mais c’est déjà beaucoup mieux.

La teneur en acides gras monoinsaturés : le gras de porc est naturellement riche en acide oléique (le même que dans l’huile d’olive !). Mais cette teneur augmente encore quand l’animal est bien élevé. On peut atteindre 45 à 50% d’acides gras monoinsaturés dans le gras de porc de qualité.

Je me rappelle d’une dégustation chez un charcutier aveyronnais qui travaillait avec un éleveur local. La différence de goût était évidente : un gras doux, presque sucré, qui fondait lentement en bouche. Rien à voir avec le gras caoutchouteux et insipide de la barquette de lardons premier prix.

Ce que la science dit vraiment

Pendant des décennies, on nous a répété : “Gras saturé = danger pour le cœur”. C’était simple, binaire, facile à retenir. Le problème ? C’était une simplification excessive.

Les études les plus récentes (notamment la méta-analyse de Siri-Tarino et al. en 2010, publiée dans l’American Journal of Clinical Nutrition) montrent qu’il n’y a pas de lien direct entre consommation de gras saturés et maladies cardiovasculaires… dans le cadre d’une alimentation globalement équilibrée.

Le vrai problème, ce n’est pas le gras saturé en soi. C’est la combinaison :

  • Gras saturé industriel de mauvaise qualité
    • Sucres ajoutés (oui, il y a souvent du sucre dans la charcuterie industrielle)
    • Additifs (nitrites, conservateurs)
    • Ultra-transformation
    • Excès chronique
    • Déséquilibre alimentaire général (pas assez de légumes, fibres, oméga-3)

Un chercheur en nutrition que j’ai interviewé me disait : “Ce n’est pas le gras de votre rillette maison du dimanche qui pose problème, c’est le fait de manger tous les jours du jambon sous plastique blindé de nitrites, en zappant les légumes et en grignotant des biscuits industriels entre les repas.”

La nuance, c’est ça. Le contexte, c’est tout.

Petit encadré scientifique pour les curieux :

Voici la composition moyenne du gras de porc (pour 100g) :

  • Acides gras saturés : 40%
  • Acides gras monoinsaturés (oméga-9, comme l’huile d’olive) : 45%
  • Acides gras polyinsaturés (oméga-6 et oméga-3) : 15%

Surprise, non ? Le gras de porc n’est pas que “saturé”. Il contient même plus de gras monoinsaturés (les “bons” gras selon les nutritionnistes) que de gras saturés. C’est juste que personne ne vous le dit jamais.


Faut-il limiter le gras en charcuterie maison ?

OK, on a compris : le gras en charcuterie maison n’a rien à voir avec le gras industriel. Mais ça ne veut pas dire qu’on peut en manger à volonté sans réfléchir. Alors, concrètement, comment on fait ?

La question de la fréquence

Premier point essentiel : charcuterie maison ≠ charcuterie quotidienne.

Même si votre charcuterie est de qualité irréprochable, faite avec du porc bio et sans additifs, elle reste riche en calories et en gras saturés. Ce n’est pas un aliment de base comme les légumes ou les céréales complètes. C’est un plaisir, une source de protéines et de saveurs, mais à doser.

Ma recommandation pragmatique (basée sur ce que font les nutritionnistes sérieux et sur le bon sens) :

  • Charcuteries grasses (rillettes, pâtés riches) : 1 à 2 fois par semaine maximum, en portions raisonnables (50 à 80g)
  • Charcuteries intermédiaires (saucisses, terrines équilibrées) : 2 à 3 fois par semaine
  • Charcuteries maigres (jambon maison, viande séchée) : 3 à 4 fois par semaine sans problème

Et surtout : mieux vaut des rillettes maison de qualité une fois par semaine que du jambon industriel tous les jours.

C’est comme pour le vin, le fromage, le chocolat noir : la qualité prime sur la quantité. Un bon produit artisanal, apprécié avec modération, dans le cadre d’une alimentation variée, ne posera jamais de problème.

Pour intégrer la charcuterie maison dans une alimentation équilibrée, l’organisation en batch cooking peut vous aider à planifier vos repas de la semaine et à doser intelligemment vos portions de charcuterie.

Adapter selon vos objectifs

Tout le monde n’a pas les mêmes besoins. Un traileur qui part randonner 8 heures en montagne n’a pas les mêmes contraintes qu’une personne sédentaire avec un cholestérol à surveiller. C’est évident, mais il faut le dire.

Si vous surveillez votre poids :

Privilégiez les charcuteries les moins grasses : viandes séchées, jambon maison, terrines allégées. Ces préparations ont un excellent rapport protéines/calories et une forte capacité à rassasier.

Exemple concret : 100g de poitrine séchée maison (environ 30% de gras) apportent 300 kcal et 25g de protéines. C’est 2 fois moins calorique que 100g de rillettes (700 kcal), pour une satiété équivalente, voire supérieure.

Réduisez les rillettes et pâtés très gras, ou faites-les en version allégée (on verra comment juste après).

Si vous cherchez la performance sportive :

Le gras devient votre allié ! C’est une source d’énergie dense, idéale pour les efforts longs. Les traileurs et randonneurs le savent bien : le saucisson sec est un compagnon de route parfait.

Pourquoi ? Parce que 1g de gras apporte 9 kcal (contre 4 kcal pour les protéines et glucides). C’est ultra-concentré en énergie, ça tient peu de place dans le sac, et ça se digère progressivement (pas de pic d’insuline comme avec les barres sucrées).

Un ami ultra-traileur me disait : “Dans mes sorties de 12 heures, je prends toujours 150g de saucisson et un bout de poitrine séchée. C’est du carburant longue durée.”

Si vous avez des soucis cardiovasculaires :

Là, on ne rigole plus. Si votre médecin vous a diagnostiqué un cholestérol élevé, une hypertension, ou tout autre facteur de risque cardiovasculaire, vous devez en discuter avec lui avant de vous lancer dans la charcuterie.

Cela dit, même dans ce cas, la charcuterie maison reste souvent une meilleure option que l’industrielle (moins de sel, pas de nitrites, gras de meilleure qualité). Mais il faudra :

  • Privilégier les morceaux maigres (filet mignon, jambon)
  • Limiter la fréquence (1 fois par semaine max pour les versions grasses)
  • Compenser avec beaucoup de légumes, de fibres, d’oméga-3 (poissons gras, noix, huile de colza)

Ne jouez pas avec votre santé : consultez un professionnel.

L’approche équilibrée

Voici ma conviction profonde après des années à me documenter, à tester, à interviewer des nutritionnistes et des charcutiers : le gras n’est pas l’ennemi si on respecte certaines conditions.

Le gras est OK si :

  • ✅ Qualité contrôlée : animaux bien élevés, gras traçable
  • ✅ Consommation raisonnée : pas tous les jours, portions adaptées
  • ✅ Alimentation globale équilibrée : 80% de vrais aliments (légumes, fruits, protéines variées, légumineuses, céréales complètes), 20% de plaisirs dont charcuterie

Le gras devient problématique si :

  • ❌ Excès chronique : charcuterie à tous les repas
  • ❌ Gras industriel : combinaison gras de mauvaise qualité + additifs
  • ❌ Déséquilibre alimentaire : pas assez de fibres, légumes, oméga-3 pour compenser
  • ❌ Cumul de facteurs de risque : sédentarité + surpoids + mauvaise alimentation générale

Une citation que j’aime bien (d’un nutritionniste spécialisé en santé intégrative) :

“En charcuterie maison, le gras n’est pas un vice, c’est un ingrédient. Comme le sel, le sucre ou le beurre : tout est question de mesure et de contexte.”

C’est exactement ça. Le gras fait partie de notre alimentation depuis la nuit des temps. C’est un nutriment essentiel (certaines vitamines ne sont absorbables que dans le gras !). L’important, c’est de ne pas en faire un tabou, ni un totem. Juste un ingrédient qu’on utilise intelligemment.


Stratégies pour alléger vos recettes maison

Bon, admettons. Vous êtes convaincu que la charcuterie maison, c’est mieux que l’industriel. Mais vous voulez quand même réduire un peu le gras, soit pour des raisons de santé, soit par préférence personnelle. Bonne nouvelle : c’est tout à fait possible, sans sacrifier complètement la texture et le goût.

Voici comment faire.

Réduire le gras sans sacrifier la texture

Pour les pâtés et terrines :

Le ratio classique, on l’a vu, c’est 1/3 de gras, 2/3 de maigre (environ 35% de gras). Vous pouvez descendre à 25% de gras, voire 20%, à condition de compenser la perte de moelleux.

Comment ? En ajoutant de l’humidité autrement :

  • Bouillon de légumes ou de volaille : à ajouter à la farce, ça apporte du moelleux sans gras
  • Légumes humides : champignons hachés, courgettes râpées (essorées), oignons fondus… Ça allège, ça apporte des fibres, et ça maintient une texture agréable
  • Pommes cuites : dans une terrine de foie allégée, des pommes fondantes apportent douceur et onctuosité

Exemple concret : j’ai testé un pâté de campagne à 25% de gras (au lieu de 35%) en ajoutant 150g de champignons de Paris hachés finement et revenus, plus un peu de bouillon de volaille. Résultat : une texture légèrement moins riche, mais toujours agréable, et un goût enrichi par les champignons.

Pour les rillettes :

Les rillettes classiques, c’est 50 à 70% de gras. Difficile d’aller en dessous de 40% sans perdre complètement cette texture fondante caractéristique. Mais 40%, c’est déjà presque deux fois moins gras que la version ultra-traditionnelle.

L’astuce : la cuisson basse température. En cuisant votre viande très lentement (90-95°C pendant plusieurs heures), les fibres restent moelleuses même avec moins de gras. Vous pouvez adapter la recette de rillettes en descendant à 40% de gras tout en conservant une texture acceptable grâce à cette technique.

Autre possibilité : mixer rillettes “grasses” (pour les grandes occasions) et rillettes “allégées” (pour le quotidien). Comme ça, vous gardez le plaisir de la vraie rillette crémeuse de temps en temps, sans culpabiliser.

Pour les saucisses :

Le ratio standard, c’est 25-30% de gras. Vous pouvez descendre à 15-20% si vous veillez à deux choses :

  • Hacher la viande très finement : un hachage fin et régulier permet de mieux répartir le peu de gras présent et d’optimiser la texture. Pour choisir un bon hachoir qui permet ce travail précis, consultez notre guide complet.
  • Ne pas trop cuire : la saucisse maigre sèche vite si elle est trop cuite. Cuisson douce, juste à cœur.

Attention quand même : en dessous de 15% de gras, ça devient vraiment sec. À ce stade, mieux vaut renoncer à la saucisse et partir sur une autre préparation (brochettes, émincé…).

Choisir les bons morceaux

Tous les morceaux de porc ne se valent pas niveau gras. Voici un petit guide pour s’y retrouver :

Morceaux maigres (5-15% de gras) :

  • Filet mignon : le plus maigre, presque pas de gras
  • Noix de jambon : maigre, parfait pour le jambon blanc
  • Rouelle : maigre aussi, idéale pour le séchage

Utilisation : jambon blanc, viandes séchées, terrines très allégées

Morceaux intermédiaires (15-25% de gras) :

  • Épaule : un peu de persillé, bon équilibre
  • Palette : gras bien réparti dans la viande
  • Échine : légèrement plus grasse que l’épaule

Utilisation : saucisses équilibrées, pâtés modérés, terrines classiques

Morceaux gras (30-50% de gras) :

  • Poitrine : le classique pour la poitrine séchée maison, environ 30-40% de gras persillé
  • Gorge fraîche : très grasse, 40-50%
  • Bardière : pure graisse, utilisée pour barder ou pour les rillettes

Utilisation : rillettes, lardons, saucisses juteuses, pancetta

Voici un tableau pour visualiser :

Morceau% de gras approximatifUsage idéal
Filet mignon3-5%Jambon, séchage léger
Noix de jambon5-10%Jambon blanc
Épaule15-20%Saucisses, pâtés équilibrés
Palette18-22%Terrines, saucisses
Échine20-25%Pâtés, rôtis
Poitrine30-40%Pancetta, lardons, rillettes
Gorge fraîche40-50%Rillettes grasses, saucisses très juteuses

Si vous voulez alléger vos recettes, commencez par choisir les morceaux. Un pâté fait avec de l’épaule (15% de gras naturel) + un peu de gras ajouté sera automatiquement plus léger qu’un pâté fait avec de la gorge fraîche.

Compenser avec des épices et aromates

Voici un truc qu’on oublie souvent : le gras porte les saveurs. Donc si vous réduisez le gras, vous devez compenser avec plus d’aromates pour ne pas perdre en goût.

Concrètement :

  • Doublez la dose d’échalotes dans votre pâté allégé
  • Ajoutez du thym frais, du romarin, de la sauge
  • Utilisez du vin blanc ou du cognac pour apporter de la rondeur
  • Frottez généreusement d’ail vos viandes à sécher
  • Misez sur les épices : paprika fumé, piment d’Espelette, quatre-épices…

Ces exhausteurs naturels vont compenser en partie la perte de richesse due à la réduction du gras.

Un exemple personnel : j’ai fait un pâté “léger” (25% de gras) avec une grosse dose d’échalotes confites au vin rouge, du thym et de l’ail. Verdict de mes invités : “Il est différent, moins riche, mais super parfumé. On sent vraiment les aromates.”

Mission accomplie.


Les vraies questions à se poser

On arrive au bout de cet article. Avant de conclure, j’aimerais vous inviter à vous poser trois questions essentielles. Parce qu’au fond, le gras en charcuterie, ce n’est pas une question technique. C’est une question de rapport à l’alimentation, de cohérence, de lucidité.

Quelle est ma relation au gras ?

Première question, la plus importante peut-être : comment vous sentez-vous face au gras ?

Est-ce que vous culpabilisez dès que vous mangez quelque chose de riche ? Est-ce que vous avez intégré des injonctions du genre “le gras, c’est le mal” ? Ou au contraire, est-ce que vous êtes dans le déni, en vous disant “je m’en fous, je mange ce que je veux” ?

Les deux extrêmes sont problématiques.

La culpabilité systématique, c’est épuisant. Ça vous empêche de profiter de votre repas. Ça crée une relation malsaine à la nourriture. Et souvent, ça mène à des comportements yo-yo : restriction extrême, puis craquage, puis re-restriction…

Le déni total, c’est dangereux. Ignorer complètement les signaux de son corps, manger sans conscience, ça peut mener à des problèmes de santé réels.

L’équilibre, c’est quelque part entre les deux : profiter sans excès, se faire plaisir sans s’aveugler.

Le gras fait partie de l’alimentation humaine depuis toujours. Nos ancêtres mangeaient du gras (des animaux chassés, du beurre, du fromage, des noix…). C’est un nutriment essentiel. Certaines vitamines (A, D, E, K) ne peuvent être absorbées que dans un corps gras.

Arrêtons de diaboliser le gras. Apprenons simplement à le choisir (qualité) et à le doser (quantité).

Quelle est ma consommation globale ?

Deuxième question : le problème n’est jamais UN aliment isolé. C’est toujours le pattern alimentaire dans son ensemble.

Vous pouvez manger des rillettes maison une fois par semaine sans aucun problème si à côté, vous mangez :

  • Des légumes en quantité tous les jours
  • Des fruits frais régulièrement
  • Des légumineuses, des céréales complètes
  • Du poisson gras (oméga-3)
  • Peu de produits ultra-transformés
  • Peu de sucre ajouté

En revanche, si votre alimentation ressemble à ça :

  • Céréales sucrées au petit-déj
  • Sandwich jambon-beurre industriel le midi
  • Biscuits apéro le soir
  • Plat préparé micro-ondes
  • Zéro légume
  • Zéro fruit

… alors oui, rajouter des rillettes là-dessus, c’est problématique. Mais le problème, ce n’est pas les rillettes. C’est l’ensemble.

Les nutritionnistes sérieux utilisent souvent la règle des 80/20 : si 80% de votre alimentation est composée de vrais aliments, bruts, variés, équilibrés… alors les 20% restants (dont fait partie la charcuterie maison) ne posent aucun problème.

C’est une question de cohérence globale, pas de diabolisation d’un aliment particulier.

Pour aller plus loin sur ce sujet, consultez notre article sur comment intégrer la charcuterie maison dans une alimentation saine.

Est-ce que je privilégie la qualité ?

Troisième et dernière question : êtes-vous prêt à payer (en temps et en argent) pour de la qualité ?

Parce que voilà le deal : mieux vaut 50g de rillettes maison de qualité une fois par semaine que 200g de jambon industriel tous les jours.

C’est moins de quantité au total. C’est peut-être plus cher à l’unité (un porc Label Rouge coûte plus cher qu’un porc standard). Ça demande du temps (faire ses rillettes, c’est quelques heures de préparation).

Mais le rapport qualité/santé/plaisir n’a rien à voir.

Quand vous faites votre charcuterie maison avec du bon gras (porc bio ou Label Rouge, élevé en plein air), vous n’avez pas le même produit dans votre assiette. Le gras a un goût, une texture, une composition nutritionnelle différente.

C’est comme comparer un vrai chocolat noir 80% cacao d’artisan avec une barre chocolatée industrielle. Techniquement, les deux contiennent du gras. Mais nutritionnellement et gustativement, ça n’a aucun rapport.

Pour comprendre toutes les différences entre ces deux approches, lisez notre comparatif détaillé charcuterie maison vs industrielle.

Privilégier la qualité, c’est aussi se poser la question : “Qu’est-ce qui compte pour moi ?” Si c’est le prix le plus bas possible, vous irez vers l’industriel. Si c’est le goût, la santé, l’éthique (bien-être animal, circuits courts), vous irez vers la qualité.

Il n’y a pas de jugement. Juste une cohérence à trouver avec vos valeurs et vos contraintes.


Conclusion : le gras n’est pas l’ennemi, c’est un outil

Voilà, on arrive au bout de ce (long) article. Si vous ne deviez retenir que quelques idées, ce serait celles-ci :

1. Le gras est techniquement indispensable en charcuterie. Il apporte texture, saveur, conservation. Sans lui, la charcuterie n’existe pas.

2. Tout le gras ne se vaut pas. Le gras industriel (de récupération, avec additifs) n’a rien à voir avec le gras maison (traçable, de qualité, sans chimie).

3. Le gras n’est ni un poison ni un super-aliment. C’est un nutriment qu’on doit doser intelligemment selon notre contexte (activité physique, objectifs, état de santé).

4. On peut adapter les recettes. En choisissant les bons morceaux, en ajustant les ratios, en compensant avec des aromates, on peut faire de la charcuterie plus légère sans perdre complètement le plaisir.

5. La vraie question, c’est la qualité et la fréquence. Mieux vaut des rillettes maison exceptionnelles une fois par semaine que du jambon sous plastique tous les jours.

Maintenant, c’est à vous de jouer. Vous avez toutes les cartes en main pour décider comment vous voulez consommer le gras en charcuterie.

Vous voulez des recettes riches, traditionnelles, pour les grandes occasions ? Lancez-vous, assumez, profitez. C’est ça aussi, le plaisir de faire soi-même.

Vous préférez alléger un peu vos préparations pour un usage plus régulier ? Très bien, adaptez les ratios, choisissez des morceaux moins gras, expérimentez.

L’important, c’est que vous maîtrisiez. Que vous sachiez ce que vous mettez dans votre assiette. Que vous fassiez des choix conscients, pas des choix par défaut dictés par l’industrie.

Parce que c’est ça, au fond, la force de la charcuterie maison : reprendre le contrôle. Sur le gras, sur les additifs, sur la qualité, sur les quantités.

Alors oui, le gras en charcuterie, ce n’est pas quelque chose à craindre. C’est quelque chose à comprendre, à doser, à choisir. À votre santé !


Pour aller plus loin :

Vous voulez passer à la pratique ? Commencez par une recette équilibrée comme le pâté de campagne maison avec un ratio 30% gras parfaitement dosé, ou la poitrine séchée avec son gras persillé naturel qui fond délicieusement en bouche.

Cet article fait partie de notre série complète sur la charcuterie maison et santé, où nous abordons toutes les questions que vous vous posez (nitrites, conservation, hygiène…). Pour une vision globale de l’univers de la charcuterie, consultez notre guide complet de la charcuterie maison.

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  • 🧂 Les proportions de sel et le matériel de base à connaître
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