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Vous avez envie de vous lancer dans la charcuterie maison, mais un article lu sur Internet vous a stoppé net : « Les nitrites sont cancérigènes. » Panique. Faut-il tout abandonner ? Manger de la charcuterie, c’est vraiment se condamner au cancer colorectal ?
Respirez. La réalité est plus nuancée que les gros titres alarmistes. Oui, les études scientifiques établissent un lien entre consommation excessive de charcuterie industrielle et risque accru de cancer. Non, cela ne signifie pas que toute charcuterie est un poison mortel. Et surtout, non, votre projet de charcuterie maison n’est pas une mauvaise idée — au contraire.
Dans cet article, nous allons démêler le vrai du faux, sans catastrophisme ni déni. Vous allez comprendre ce que sont vraiment les nitrites, pourquoi ils sont utilisés, ce que disent les études sur le lien avec le cancer, et surtout : comment faire des choix éclairés pour votre santé et celle de votre famille. Cette question fait partie des interrogations santé légitimes que nous abordons dans notre guide complet de la charcuterie maison.
1. Les nitrites, c’est quoi exactement ? (Petit cours de chimie sans prise de tête)
Avant de parler cancer, prenons deux minutes pour comprendre de quoi on parle vraiment. Parce que le mot “nitrite” sonne chimique et inquiétant, alors que la réalité est plus simple.
Nitrites vs nitrates : arrêtons la confusion
Les nitrites (NO₂) et les nitrates (NO₃) sont deux molécules différentes, même si elles sont chimiquement cousines. Les nitrates sont naturellement présents dans l’eau, le sol, et surtout dans les légumes — particulièrement les légumes verts à feuilles. Un bâtonnet de céleri contient plus de nitrates qu’une tranche de jambon. Pourtant, personne ne panique en mangeant une salade d’épinards.
Dans votre corps, une partie des nitrates que vous ingérez se transforme naturellement en nitrites lors de la digestion, via les bactéries de votre salive et de votre intestin. C’est un processus totalement normal.
Les nitrites, eux, sont la forme que l’industrie ajoute intentionnellement dans la charcuterie. Pourquoi ? Parce qu’ils remplissent trois fonctions cruciales.
Pourquoi on ajoute des nitrites dans la charcuterie ?
Si on met des nitrites dans le jambon depuis des siècles (même si on ne savait pas exactement ce que c’était), ce n’est pas par sadisme ou pour empoisonner les gens. Les nitrites ont trois rôles essentiels :
1. La conservation et la sécurité : Les nitrites inhibent la croissance de Clostridium botulinum, la bactérie responsable du botulisme, une intoxication alimentaire mortelle. Sans nitrites, une charcuterie mal conservée peut devenir un véritable piège mortel. Les anciens utilisaient du salpêtre (riche en nitrates) sans savoir exactement pourquoi ça marchait. Aujourd’hui, on sait.
2. La couleur : Les nitrites fixent la couleur rose-rouge de la viande. Sans eux, votre jambon aurait une teinte grisâtre peu appétissante. C’est purement esthétique, mais avouons-le : on mange aussi avec les yeux.
3. La saveur : Les nitrites contribuent au goût caractéristique de la charcuterie — cette note légèrement salée et complexe qu’on reconnaît immédiatement. Enlevez les nitrites, et le goût change.
Historiquement, on est passé du salpêtre médiéval (un mélange de nitrates naturels) au nitrite de sodium moderne, une molécule chimiquement pure qu’on peut doser précisément. C’est cette précision qui fait toute la différence entre charcuterie industrielle et charcuterie maison.
Quelle dose dans la charcuterie ?
Voici où ça devient intéressant. La législation européenne autorise jusqu’à 150 ppm (parties par million) de nitrites dans la charcuterie industrielle. En pratique, beaucoup de fabricants industriels utilisent la dose maximale “par sécurité”.
En charcuterie maison, avec la méthode 4-2-1 en charcuterie, on descend à 60-80 ppm — soit moitié moins. C’est une dose minimale efficace qui garantit la sécurité sans en mettre plus que nécessaire.
💡 Bon à savoir : Les légumes (épinards, betteraves, céleri) sont naturellement riches en nitrates. Votre corps les transforme en nitrites lors de la digestion. Ce n’est pas le nitrite en soi qui pose problème, mais ce qu’il devient dans certaines conditions de cuisson ou de conservation.
2. Que disent vraiment les études scientifiques sur nitrites et cancer ?
Maintenant qu’on sait ce que sont les nitrites, parlons de l’éléphant dans la pièce : le cancer.
Le rapport du CIRC (Centre International de Recherche sur le Cancer)
En 2015, le CIRC (une agence de l’Organisation Mondiale de la Santé) a classé la viande transformée dans le Groupe 2A : “probablement cancérogène pour l’homme”. Cette annonce a fait l’effet d’une bombe médiatique. Les gros titres hurlaient : “La charcuterie aussi dangereuse que le tabac !”
Sauf que… non. Pas du tout. Décortiquons.
Le Groupe 2A signifie qu’il existe des preuves limitées chez l’humain et des preuves suffisantes chez l’animal d’un lien entre consommation de viande transformée et cancer colorectal. C’est une classification de danger (la capacité théorique de causer le cancer), pas de risque (la probabilité que ça vous arrive réellement).
La viande transformée est dans le même groupe que les émissions de gaz d’échappement diesel. Le tabac, lui, est dans le Groupe 1 (“cancérogène certain”). Mettre les deux sur le même plan, c’est comme dire qu’une flaque d’eau et l’océan Atlantique sont “tous les deux de l’eau”.
Les études épidémiologiques (notamment l’étude EPIC qui a suivi plus de 500 000 Européens pendant 15 ans) montrent qu’une consommation quotidienne de 50g de charcuterie augmente le risque de cancer colorectal de 18%.
Ça semble énorme. Mais parlons en termes de risque absolu.
Votre risque de base de développer un cancer colorectal au cours de votre vie est d’environ 5%. Si vous mangez 50g de charcuterie tous les jours pendant des décennies, ce risque passe à environ 5,9%.
C’est une augmentation de 0,9 point de pourcentage. Significatif ? Oui. Raison de paniquer et de tout jeter à la poubelle ? Non.
⚠️ Attention aux titres sensationnalistes : Quand un article titre “La charcuterie aussi dangereuse que le tabac”, il mélange volontairement deux échelles de risque. Fumer un paquet par jour multiplie votre risque de cancer du poumon par 20. Manger 50g de charcuterie par jour l’augmente de 18% pour le cancer colorectal. Ce n’est pas du tout la même chose.
Les nitrosamines : le vrai problème
Mais alors, qu’est-ce qui cause réellement le problème dans la charcuterie ? Les nitrites eux-mêmes ? Pas exactement.
Le vrai coupable, ce sont les nitrosamines — des composés chimiques qui se forment lorsque les nitrites réagissent avec les protéines de la viande, en présence de chaleur élevée.
Imaginez cette équation : Nitrites + Protéines + Chaleur intense = Nitrosamines
Les nitrosamines sont classées comme cancérogènes. Ce sont elles qui sont pointées du doigt dans les études sur le cancer colorectal.
Où est-ce que ça pose problème concrètement ?
- Bacon grillé à la poêle : haute température, contact direct avec la chaleur = formation de nitrosamines
- Saucisses au barbecue : même problème, encore pire avec les flammes
- Jambon industriel transformé à haute température : process industriel souvent agressif
En revanche :
- Jambon cuit à basse température (60-70°C) : formation minimale de nitrosamines
- Saucisson sec (sans cuisson) : pas de chaleur = pas de nitrosamines
- Rillettes mijotées doucement : cuisson longue mais douce = risque faible
Vous voyez où je veux en venir ? Ce n’est pas tant la charcuterie en elle-même qui pose problème, mais comment elle est fabriquée et comment on la consomme.
Facteurs aggravants : ce n’est pas juste une question de nitrites
Les études scientifiques montrent que le risque n’est pas linéaire. Plusieurs facteurs influencent votre risque réel :
1. La fréquence de consommation
Manger de la charcuterie tous les jours, c’est très différent de manger une belle assiette de charcuterie maison le dimanche midi. Les études qui montrent un risque accru portent sur des consommations quotidiennes et prolongées (plusieurs années).
2. Les quantités
Le seuil identifié par les études est 50g par jour. C’est environ 2 tranches de jambon industriel. En dessous, le risque identifiable diminue fortement. À 20-30g par semaine (une portion raisonnable de charcuterie maison), le risque devient quasi indétectable dans les études.
3. Le mode de cuisson
Comme on l’a vu, griller ou frire multiplie la formation de nitrosamines. Cuire doucement, mijoter, ou consommer cru (séchage) change radicalement la donne.
4. Le contexte alimentaire global
Les études montrent que les personnes qui consomment beaucoup de charcuterie ont aussi tendance à manger moins de fruits et légumes, plus de viande rouge, plus d’aliments ultra-transformés. C’est un pattern alimentaire qui pose problème, pas juste un aliment isolé.
À l’inverse, une alimentation riche en fibres végétales (fruits, légumes, céréales complètes) est associée à une réduction du risque de cancer colorectal. Les antioxydants et les fibres jouent un rôle protecteur.
Morale de l’histoire : une assiette de charcuterie maison accompagnée de cornichons, radis, tomates cerises et pain complet, dans le cadre d’une alimentation variée riche en légumes… ce n’est vraiment pas la même chose qu’un sandwich jambon-beurre tous les midis avec zéro légume à côté.
3. Charcuterie industrielle vs charcuterie maison : y a-t-il une différence ?
Maintenant qu’on connaît les mécanismes, posons-nous la vraie question : est-ce que faire sa charcuterie maison change quelque chose au niveau du risque ?
Spoiler : oui. Et pas qu’un peu.
Doses de nitrites : le grand écart
Charcuterie industrielle : Les fabricants utilisent souvent la dose maximale autorisée (150 ppm) “par sécurité” et pour prolonger la durée de conservation au maximum. Plus de nitrites = plus de marge de sécurité contre le botulisme = produit qui peut rester 6 mois en rayon.
Charcuterie maison : Avec des techniques comme la méthode 4-2-1 en charcuterie, vous utilisez 60 à 80 ppm — soit presque moitié moins. Pourquoi ? Parce que vous contrôlez toute la chaîne de fabrication, vous consommez rapidement, et vous pouvez vous permettre d’être plus précis.
Et si vous voulez aller plus loin, vous pouvez carrément faire de la charcuterie maison sans nitrites en utilisant des techniques de salaison maison alternatives (salaison pure au sel, séchage prolongé, fermentation contrôlée).
Le choix du sel pour la charcuterie influence également la répartition homogène des nitrites dans la viande — un paramètre crucial pour garantir à la fois sécurité et doses minimales.
Qualité des ingrédients : ce qu’on ne voit pas sur l’étiquette
Charcuterie industrielle :
- Viande d’élevage intensif (souvent nourrie aux céréales, antibiotiques)
- Ajout de phosphates (pour retenir l’eau et augmenter le poids)
- Exhausteurs de goût (pour masquer la qualité médiocre)
- Conservateurs multiples (acide ascorbique, érythorbate de sodium…)
- Sucres ajoutés (dextrose, lactose) en quantités parfois élevées
- Process de transformation standardisé, souvent à haute température
Charcuterie maison :
- Viande dont vous connaissez l’origine (élevage local, bio, plein air…)
- 3-4 ingrédients maximum : viande, sel, épices, nitrites (dose minimale)
- Aucun additif superflu
- Process maîtrisé : vous choisissez la température de cuisson, le temps de séchage, etc.
- Contrôle total de A à Z
Un jambon industriel, c’est potentiellement : viande + 150 ppm de nitrites + phosphates + exhausteurs + conservateurs + sucres. Votre jambon maison ? Viande + 60 ppm de nitrites + poivre + temps. La différence n’est pas anecdotique.
Mode de consommation : le facteur temps
Il y a aussi une différence fondamentale dans comment on consomme la charcuterie maison vs industrielle.
Charcuterie industrielle : Achat en grande quantité, stockage long, consommation régulière (souvent quotidienne). Le jambon industriel se retrouve dans le sandwich du midi, le casse-croûte du soir, le petit-déj du dimanche…
Charcuterie maison : Vous faites un jambon, vous en êtes fier, vous le partagez avec la famille le dimanche. Vous en mangez une belle portion… puis c’est fini. Vous ne recommencez pas avant 2-3 semaines. La fréquence est naturellement plus espacée.
Et surtout, vous maîtrisez la cuisson. Vous ne grillez pas vos rillettes à 250°C. Vous les mijotez doucement pendant 3-4 heures à 90°C. Vous ne faites pas cuire votre jambon blanc maison à feu vif, vous le pochandez délicatement à 70°C. Ces détails changent radicalement la formation de nitrosamines.
4. Peut-on faire de la charcuterie sans nitrites ? (Spoiler : oui, mais…)
La question revient systématiquement : “OK, j’ai compris pour les nitrites. Mais est-ce que je peux m’en passer complètement ?”
Réponse courte : oui. Réponse longue : oui, mais avec des nuances importantes.
Méthodes alternatives : ce qui fonctionne vraiment
Il existe plusieurs techniques ancestrales de charcuterie qui n’utilisent aucun nitrite :
1. Salaison pure au sel + séchage prolongé
C’est la méthode traditionnelle pour les saucissons secs, le jambon cru, la viande séchée. Le sel déshydrate la viande, empêchant les bactéries de se développer. Le séchage fait le reste.
Avantages : Aucun nitrite, saveurs authentiques, conservation longue.
Inconvénients : Nécessite rigueur, patience (plusieurs semaines/mois), conditions climatiques adaptées.
2. Cuisson à basse température prolongée
Pour des préparations comme les rillettes maison, vous pouvez cuire longuement à basse température (85-95°C pendant 3-4h) puis conserver au frigo. La cuisson détruit les bactéries, le froid empêche leur retour.
Avantages : Très sécuritaire, facile, pas de nitrites.
Inconvénients : Conservation courte (2-3 semaines au frigo), couleur grisâtre, pas le goût typique de la charcuterie nitrée.
3. Fermentation contrôlée
Les saucissons fermentés (avec cultures de ferments lactiques) acidifient la viande, ce qui inhibe les bactéries pathogènes sans nitrites.
Avantages : Technique traditionnelle éprouvée, excellent goût.
Inconvénients : Nécessite maîtrise technique, température contrôlée, pas pour les débutants.
Nous détaillons toutes ces techniques dans notre article Charcuterie maison sans nitrites.
Le piège du “sans nitrites ajoutés” : marketing vs réalité
Vous avez peut-être vu dans les supermarchés bio des jambons ou saucissons étiquetés “sans nitrites ajoutés” ou “naturellement sans nitrites”, souvent avec une belle feuille verte et un prix 30% plus élevé.
Méfiez-vous. C’est souvent du pur marketing.
Ces produits utilisent du jus de céleri concentré, de la poudre de betterave, ou de l’extrait d’épinard — tous naturellement très riches en nitrates. Ces nitrates se transforment en nitrites pendant la fabrication via des bactéries ajoutées. Au final, votre jambon “sans nitrites ajoutés” contient… des nitrites. Parfois autant qu’un jambon classique.
La différence ? Le nitrite ne vient pas d’une poudre blanche de synthèse mais d’un légume. Chimiquement, c’est exactement la même molécule : NO₂.
Le marketing joue sur la peur des “produits chimiques” et l’illusion du “naturel”. Mais un nitrite de céleri et un nitrite de sodium, votre corps ne fait absolument pas la différence.
Je ne dis pas que ces produits sont mauvais. Je dis juste qu’ils ne sont pas “sans nitrites” comme le marketing le suggère.
Compromis sécurité/santé : pourquoi on utilise des nitrites
Alors pourquoi ne pas tout faire sans nitrites ?
Parce qu’il y a un risque réel de botulisme si on ne maîtrise pas parfaitement ses techniques.
Le botulisme, c’est une intoxication alimentaire causée par Clostridium botulinum, une bactérie qui adore les environnements sans oxygène (comme l’intérieur d’un jambon ou d’une terrine). Ses toxines sont parmi les plus mortelles connues. Quelques microgrammes suffisent à tuer un adulte.
Les nitrites inhibent C. botulinum. C’est leur rôle premier, bien avant la couleur ou le goût.
Faire de la charcuterie sans nitrites, c’est possible — mais ça nécessite :
- Une maîtrise technique solide (pH, température, humidité)
- Des conditions de séchage adaptées (pas pour tout le monde)
- Une rigueur absolue dans l’hygiène
Pour un débutant, utiliser des nitrites en dose minimale (méthode 4-2-1) est souvent plus sûr que de tenter le sans-nitrites sans expérience. Une fois les bases acquises (après avoir fait 5-10 jambons ou terrines avec nitrites), vous pourrez explorer les alternatives sans risque.
💡 Notre position : Faire sa charcuterie maison avec une dose minimale de nitrites bien maîtrisée (méthode 4-2-1) est souvent plus sûr que de tenter le “sans nitrites” sans expérience. Une fois les bases acquises, vous pourrez explorer les alternatives.
5. Comment réduire les risques concrètement (sans renoncer au plaisir)
OK. On sait ce que sont les nitrites, on sait ce que dit la science, on sait que la charcuterie maison est différente de l’industriel. Maintenant, concrètement, qu’est-ce qu’on fait ?
Voici les stratégies qui fonctionnent vraiment pour réduire les risques sans renoncer au plaisir de la charcuterie.
Règle n°1 : La fréquence compte plus que tout
Le risque identifié dans les études concerne une consommation quotidienne et prolongée (plusieurs années). À 50g par jour, tous les jours, le risque augmente de 18%.
Mais si vous mangez de la charcuterie 2 fois par semaine ? Le risque devient quasi indétectable dans les études.
Objectif réaliste : 2-3 portions par semaine maximum, plutôt qu’un peu tous les jours.
Une “portion raisonnable”, c’est 50-80g. Concrètement :
- 3-4 tranches de jambon
- 1 belle portion de rillettes avec du pain
- 5-6 rondelles de saucisson
Pas besoin de peser au gramme près. L’idée, c’est de sortir de la consommation systématique (“jambon tous les midis”) pour passer à la consommation plaisir occasionnelle (“belle assiette de charcuterie le dimanche”).
Règle n°2 : Le mode de cuisson fait toute la différence
Rappelez-vous : les nitrosamines se forment à haute température. Donc :
À ÉVITER :
- Bacon grillé à la poêle tous les matins
- Saucisses au barbecue (contact direct flammes)
- Charcuterie frite ou poêlée à feu vif
À PRIVILÉGIER :
- Cuisson douce (60-90°C) : jambon blanc maison poché à 70°C
- Mijotage lent : rillettes maison cuites 3h à 90°C
- Consommation crue : saucisson sec, jambon cru, viande séchée
- Réchauffage doux (micro-ondes ou four à 120°C max)
Si vous adorez le bacon grillé, gardez-le pour les occasions spéciales. Une fois par mois, ce n’est pas ça qui posera problème. Tous les matins pendant 20 ans, c’est autre chose.
Règle n°3 : Les aliments protecteurs (votre meilleur allié)
Voici une bonne nouvelle : certains aliments inhibent la formation de nitrosamines ou en neutralisent les effets. Les études montrent que certains composés jouent un rôle protecteur.
La vitamine C (acide ascorbique)
Elle bloque la formation de nitrosamines dans l’estomac. Aliments riches en vitamine C :
- Agrumes (orange, citron, pamplemousse)
- Poivrons (surtout rouges)
- Kiwi
- Persil frais
- Choux (chou-fleur, brocoli)
Astuce pratique : Servez toujours votre charcuterie avec des aliments riches en vitamine C. Cornichons au vinaigre, radis, tomates cerises, poivrons marinés… C’est bon ET protecteur.
Les polyphénols (antioxydants)
Présents dans le vin rouge, le thé vert, les fruits rouges, le chocolat noir. Ils ont des propriétés antioxydantes qui limitent les dommages cellulaires.
Exemple concret : Une belle assiette de charcuterie maison avec des cornichons, des radis, quelques tomates cerises, du pain complet, et un verre de vin rouge ? C’est un combo protecteur. Les légumes apportent vitamines et fibres, le vin apporte des polyphénols, le tout dans un contexte de convivialité (le stress chronique est aussi un facteur de cancer, rappelons-le).
Les fibres végétales
Les études épidémiologiques montrent clairement qu’une alimentation riche en fibres (fruits, légumes, céréales complètes, légumineuses) est associée à une réduction significative du risque de cancer colorectal.
Les fibres ont plusieurs effets protecteurs :
- Accélèrent le transit intestinal (moins de temps de contact des composés potentiellement nocifs)
- Nourrissent le microbiote intestinal (production d’acides gras à chaîne courte protecteurs)
- Captent certains composés et facilitent leur élimination
Morale : si votre alimentation est riche en légumes, fruits, et céréales complètes, une consommation modérée de charcuterie maison s’inscrit sans problème dans un régime globalement protecteur.
Règle n°4 : Faire sa charcuterie soi-même (vous l’avez vu venir)
On en a déjà parlé, mais résumons les avantages :
✅ Contrôle des doses de nitrites : 60-80 ppm vs 150 ppm industriel
✅ Choix de la viande : traçabilité, qualité, élevage responsable
✅ Zéro additifs superflus : pas de phosphates, exhausteurs, conservateurs multiples
✅ Maîtrise de la cuisson : températures douces, pas de process agressif
✅ Consommation espacée : vous ne faites pas un jambon tous les jours
Pour débuter sereinement avec le matériel adapté, consultez notre guide du matériel pour débutant. L’ensemble des techniques de charcuterie maison vous permettra de progresser en toute sécurité.
Et le meilleur ? Vous savez exactement ce que vous mangez. Pas de liste d’ingrédients incompréhensible au dos de l’emballage. Juste de la viande, du sel, des épices, et votre savoir-faire.
✅ Checklist pour réduire les risques
- Je limite ma consommation à 2-3 portions/semaine
- Je privilégie les cuissons douces ou la consommation crue (séchage)
- J’accompagne toujours d’aliments riches en vitamine C
- Je fais ma charcuterie maison pour contrôler les ingrédients
- Je varie mon alimentation (pas que de la charcuterie !)
6. Notre conclusion : peur vs choix éclairé
Alors, on fait quoi de tout ça ?
Les nitrites ne sont ni un poison mortel ni totalement inoffensifs. La vérité se situe, comme souvent, entre les deux extrêmes.
Oui, il y a un lien établi entre consommation excessive de charcuterie industrielle et risque accru de cancer colorectal. Les études sont là, elles sont sérieuses, on ne peut pas les balayer d’un revers de main.
Non, cela ne signifie pas que vous devez renoncer définitivement à vos rillettes ou votre jambon maison.
Ce qui compte vraiment :
- La dose fait le poison : fréquence et quantité sont cruciales
- Le mode de cuisson : haute température = formation de nitrosamines
- Le contexte global : votre alimentation dans son ensemble compte plus qu’un aliment isolé
- Charcuterie maison ≠ charcuterie industrielle : doses réduites, qualité contrôlée, consommation espacée
Si vous mangez de la charcuterie maison 2 fois par semaine, avec des légumes à côté, dans le cadre d’une alimentation variée riche en fibres, et que vous privilégiez les cuissons douces ou le séchage… le risque pour votre santé est très faible. Probablement comparable à plein d’autres facteurs de votre vie quotidienne sur lesquels vous ne vous posez même pas de questions.
À l’inverse, si vous mangez du jambon industriel tous les jours, du bacon grillé tous les matins, avec zéro légume à côté et une alimentation pauvre en fibres… oui, vous augmentez significativement votre risque. Mais c’est un pattern global qui pose problème, pas juste la charcuterie.
Maintenant que vous avez les faits, vous pouvez faire vos propres choix.
Continuer à manger de la charcuterie maison de temps en temps, en conscience, avec des stratégies pour limiter les risques ? Totalement raisonnable.
Vouloir explorer les techniques de charcuterie maison sans nitrites ? Nous avons un guide pour ça.
L’important, c’est que ce soit VOTRE décision, basée sur une information claire, pas sur la peur ou le déni.
Vous n’êtes ni obligé de devenir végétarien du jour au lendemain, ni de fermer les yeux sur les études scientifiques. Vous pouvez juste être un adulte responsable qui fait des choix éclairés pour sa santé et celle de sa famille.
Et franchement ? Si après avoir lu tout ça vous avez toujours envie de vous lancer dans votre première charcuterie maison — avec moins de nitrites, des cuissons douces, de bons ingrédients, et la fierté de savoir exactement ce que vous mangez — alors foncez.
Commencez par une recette simple et maîtrisée. Savourez le plaisir de faire, de partager, et de déguster.
Parce qu’au final, la santé, ce n’est pas juste éviter des molécules. C’est aussi le plaisir de manger, la convivialité, la fierté de faire soi-même, et le lien qu’on tisse avec notre alimentation.
Pour une vision complète de l’univers de la charcuterie maison, consultez notre guide complet de la charcuterie maison.
Bonne charcuterie — et bonne santé. 🥓





