Sommaire
Introduction
Les factures d’énergie explosent. Les coupures de courant se multiplient. Les ressources fossiles se raréfient. Pour la première fois depuis des décennies, des millions de familles françaises redécouvrent leur vulnérabilité énergétique. Ce qui semblait acquis — se chauffer, s’éclairer, cuisiner — redevient une question stratégique.
La résilience énergétique, ce n’est pas l’autarcie. Ce n’est pas vivre comme nos arrière-grands-parents. C’est réduire sa dépendance au système pour retrouver une marge de manœuvre et de la sérénité. C’est pouvoir faire face à une coupure de trois jours sans paniquer. C’est diviser sa facture par deux tout en gagnant en confort. C’est se donner les moyens de choisir plutôt que de subir.
Ce guide s’adresse autant aux familles en maison qu’en appartement. Soyons clairs dès le départ : vos marges de manœuvre ne seront pas les mêmes. Certaines solutions seront inaccessibles en milieu urbain. Nous serons transparents sur ce qui est réaliste selon votre situation. Et nous aborderons aussi la question que beaucoup se posent en silence : faut-il quitter la ville pour être résilient ?
Commençons par le commencement : comprendre d’où vient votre dépendance.
PARTIE 1 : Comprendre votre dépendance énergétique actuelle
1.1 Les quatre piliers de l’énergie domestique
Votre consommation énergétique familiale repose sur quatre postes. Comprendre leur poids respectif, c’est identifier les leviers prioritaires.
Le chauffage : 50 à 60 % de votre consommation totale
C’est de loin le poste le plus lourd, surtout dans les logements mal isolés ou en climat continental. Un foyer français moyen consomme entre 10 000 et 15 000 kWh par an rien que pour se chauffer. C’est aussi le poste le plus vulnérable en cas de coupure hivernale.
L’électricité spécifique : 15 à 25 %
Éclairage, électroménager, informatique, communication. Ces usages semblent secondaires mais deviennent critiques en cas de coupure : plus de lumière, plus de téléphone, plus de réfrigérateur.
La cuisson : 5 à 10 %
Souvent sous-estimée, la cuisson peut devenir un vrai casse-tête en mode dégradé. Savoir cuisiner sans électricité ni gaz de ville, c’est une compétence de résilience.
L’eau chaude sanitaire : 10 à 15 %
Chauffer 50 litres d’eau par personne et par jour, c’est énergétiquement coûteux. Et culturellement, c’est le confort dont on a le plus de mal à se passer.
1.2 Faire son audit énergétique familial
Avant d’investir ou de changer vos habitudes, mesurez. Un audit honnête vous évitera de vous tromper de priorité.
Calculez votre consommation réelle par poste
- Relevez vos compteurs (électricité, gaz, fioul, bois) sur un an
- Utilisez votre espace client en ligne ou vos factures
- Répartissez par usage si possible (certains compteurs Linky le permettent)
Identifiez les usages essentiels versus le confort superflu
- Essentiels : chauffage minimum (16-19°C), éclairage, cuisson, réfrigération, communication
- Confort : chauffage >19°C, sèche-linge, lave-vaisselle, multiples écrans, eau chaude abondante
Évaluez votre vulnérabilité en cas de coupure
- Combien de temps tenez-vous sans électricité ? (1 jour, 3 jours, 1 semaine ?)
- Avez-vous une source de chauffage alternative ?
- Pouvez-vous cuisiner sans le réseau ?
- Votre eau courante fonctionne-t-elle sans électricité ? (Beaucoup d’immeubles ont des surpresseurs électriques)
1.3 Les trois niveaux de résilience à viser
Niveau 1 : Survivre 72 heures sans réseau
C’est le minimum vital. Un kit d’urgence énergétique (lampes, réchaud, couvertures, batteries) et quelques réflexes suffisent. Ce niveau est accessible à tous, même en appartement.
Niveau 2 : Tenir 2 semaines en mode dégradé
Ici, il faut des stocks (combustibles, bougies, batteries), une organisation familiale rodée, et idéalement une source de chauffage alternative. Faisable en maison, très difficile en appartement.
Niveau 3 : Autonomie partielle sur plusieurs mois
C’est le domaine du chauffage bois, des panneaux solaires, de la récupération d’eau de pluie. Réservé aux maisons avec terrain. L’autonomie totale est un mythe, mais une autonomie de 50 à 80 % est atteignable.
Selon que vous vivez en maison ou en appartement, certains niveaux seront plus ou moins accessibles. Nous allons voir pourquoi, et surtout, ce que vous pouvez faire dans tous les cas.
💡 Pour approfondir votre diagnostic de consommation et identifier vos leviers prioritaires, consultez notre article Sobriété énergétique en pratique.
PARTIE 2 : La sobriété d’abord – le seul levier universel

2.1 Pourquoi la sobriété est la base de toute résilience
On l’oublie souvent, mais le kWh le moins cher, c’est celui qu’on ne consomme pas. Avant de courir acheter des panneaux solaires ou un poêle à bois, commencez par réduire vos besoins. C’est mathématique : diviser votre consommation par deux, c’est diviser par deux le coût de votre installation alternative.
La sobriété, c’est aussi le seul levier qui fonctionne partout. Que vous soyez en appartement parisien ou en maison aveyronnaise, vous pouvez réduire votre consommation de 30 à 50 % sans investissement majeur. C’est le grand égalisateur de la résilience.
Attention cependant à l’effet rebond : s’équiper d’un poêle à bois performant pour continuer à chauffer à 22°C, c’est passer à côté de l’essentiel. La résilience commence par accepter de vivre avec moins, et souvent, avec mieux.
2.2 Les leviers structurels (adaptés à votre situation)
En maison individuelle :
L’isolation, c’est votre meilleure assurance-vie énergétique. Un bâtiment bien isolé consomme 3 à 5 fois moins qu’un passoire thermique. Priorisez dans cet ordre :
- Combles et toiture (30 % des déperditions) : laine de roche, ouate de cellulose, 30 à 40 cm d’épaisseur
- Murs (20 à 25 %) : isolation par l’extérieur si possible, sinon par l’intérieur
- Fenêtres (10 à 15 %) : double ou triple vitrage, volets isolants
- Planchers bas (7 à 10 %) : souvent oublié, pourtant efficace
- VMC double flux : récupère 90 % de la chaleur de l’air vicié
Oui, c’est un investissement lourd (10 000 à 50 000 € selon l’ampleur). Mais c’est le seul qui soit définitif. Une fois isolée, votre maison le reste pour 30 à 50 ans. Et les aides publiques (MaPrimeRénov’, CEE) peuvent couvrir 40 à 80 % du coût selon vos revenus.
En appartement :
Vous ne pouvez pas refaire l’isolation des murs. Mais il reste des marges :
- Isolation des fenêtres : joints adhésifs, survitrage plastique, rideaux thermiques épais (réduction de 10 à 20 % des déperditions)
- Bas de porte et calfeutrage des passages d’air
- Films réfléchissants derrière les radiateurs (renvoient la chaleur dans la pièce)
- Négociation collective en copropriété : isolation de la façade ou de la toiture, changement de chaudière collective. C’est long, mais ça peut diviser la facture par deux.
💡 Vous hésitez entre investir dans l’isolation ou dans un nouveau système de chauffage ? Notre article Chauffage ou isolation ? compare les deux stratégies en détail.
2.3 Les routines sobres qui changent tout (universelles)
Au-delà de la structure, ce sont vos habitudes quotidiennes qui font la différence.
Chauffage : 19°C maximum en journée, 16-17°C la nuit
C’est la norme légale pour les bâtiments publics, et c’est parfaitement confortable avec un pull. Chaque degré en moins, c’est 7 % d’économie sur votre facture. À 21°C, vous consommez 14 % de plus qu’à 19°C. Sur un an, ça chiffre.
La stratégie de la pièce unique en cas de froid extrême
Si les températures chutent brutalement ou en cas de pénurie de combustible, repliez toute la famille dans une seule pièce. Fermez les autres, calfeutrez les portes. La chaleur corporelle de 4 personnes dans 20 m², c’est 400 W gratuits. Ajoutez un petit chauffage d’appoint, et vous tenez confortablement.
Eau chaude : douches courtes, mitigeurs thermostatiques
Une douche de 5 minutes à 40°C, c’est 50 à 80 litres d’eau chaude, soit 3 à 5 kWh. Réduire de moitié, c’est économiser 500 à 1000 kWh par an et par personne. Installez des mousseurs économiseurs sur les robinets : ils divisent le débit par deux sans perte de confort.
Extinction complète des veilles
Une box internet + TV + ordinateur + chargeurs en veille, c’est 50 à 100 W en permanence, soit 500 kWh par an (80 à 100 € de facture). Installez des multiprises à interrupteur : un geste le soir, et tout s’éteint.
Cuisson économe
- Couvercles sur les casseroles (divise par 4 le temps de chauffe)
- Casseroles adaptées à la taille des plaques
- Extinction avant la fin de cuisson (inertie thermique)
- Marmite norvégienne : après 10 minutes de chauffe, emmitouflez la casserole dans une couverture épaisse. La cuisson continue passivement pendant 4 à 6 heures (parfait pour les légumineuses, ragoûts, riz complet)
Éclairage LED uniquement
Une ampoule LED consomme 5 à 10 fois moins qu’une halogène pour la même luminosité, et dure 10 à 20 fois plus longtemps. C’est un investissement de quelques euros qui s’amortit en quelques mois.
PARTIE 3 : Diversifier ses sources d’énergie – réalisme selon votre habitat
C’est ici que les chemins divergent vraiment entre maison et appartement. Certaines solutions ne seront tout simplement pas accessibles en milieu urbain dense. Nous allons être transparents sur ce qui est possible, et ce qui ne l’est pas.

3.1 Chauffage autonome : l’atout majeur du rural
🏡 En maison individuelle
Le bois : la source la plus résiliente
Le bois, c’est l’énergie de la sobriété. On peut le stocker chez soi pour 2 ou 3 ans d’avance. On peut s’en procurer localement, parfois gratuitement (affouage, récupération). Il ne dépend d’aucun réseau. Et tant qu’il y a des arbres, il y a du bois.
Un poêle à bois performant (rendement >75 %) chauffe efficacement 80 à 120 m² avec 4 à 8 stères par an selon l’isolation. Coût : 2000 à 5000 € installé, aides déduites.
Une cuisinière à bois (Godin, Wamsler, La Nordica), c’est le couteau suisse de la résilience : chauffage + cuisson + eau chaude sanitaire. Trois fonctions pour un seul combustible. Parfait pour les grandes maisons familiales. Coût : 1500 à 4000 €.
Un poêle de masse ou poêle à accumulation, c’est le luxe de la résilience : une flambée de 2 heures le matin, et la masse thermique (pierre, béton, brique réfractaire) restitue la chaleur pendant 12 à 24 heures. Confort inégalé, consommation minimale. Coût : 8000 à 20 000 € selon la taille et la finition.
Le rocket stove (ou poêle fusée), c’est la solution d’urgence ultra-économe. Combustion très chaude et complète, consommation de bois divisée par 3 à 5 par rapport à un poêle classique. Peut être autoconstruit pour quelques centaines d’euros. Idéal comme chauffage de secours.
Approvisionnement et stockage du bois
- Affouage : dans certaines communes rurales, les habitants peuvent couper leur bois de chauffage en forêt communale pour quelques dizaines d’euros par an
- Achat en gros : 50 à 80 €/stère livré (bois sec, 2 ans de séchage minimum)
- Stockage : sous abri ventilé, bois fendu, sur palette (évite l’humidité du sol), 2 ans d’avance idéalement
Sécurité indispensable
- Conduit aux normes, ramoné 2 fois par an (dont 1 fois pendant la saison de chauffe)
- Détecteur de monoxyde de carbone (CO) obligatoire : ce gaz invisible tue
- Ventilation suffisante (VMC ou grille d’aération)
- Espace de sécurité autour du poêle (60 cm minimum)
🏢 En appartement : des solutions très limitées
Soyons clairs : le chauffage bois en appartement, c’est non. Sauf cas rarissimes (dernier étage avec conduit existant et autorisation de copropriété), c’est interdit ou impraticable.
Vos leviers de résilience thermique se limitent donc à :
✅ Isolation maximale : c’est votre seul vrai levier structurel. On en a déjà parlé, mais insistons : isolation des fenêtres, calfeutrage, rideaux thermiques. Chaque dixième de degré conservé compte.
✅ Chauffage électrique d’appoint sobre : si vous avez un chauffage collectif défaillant ou hors de prix, un radiateur bain d’huile (inertie thermique) ou un panneau rayonnant bien dimensionné (1000 à 1500 W) ciblé sur une seule pièce sera plus efficace et économique que de chauffer tout l’appartement.
✅ Stratégie de repli thermique en cas de coupure
En cas de coupure électrique prolongée en hiver, votre appartement va refroidir vite (surtout si mal isolé). Votre plan B :
- Pièce unique chauffée : rassemblez toute la famille dans la plus petite pièce (chambre), fermez les portes, calfeutrez. La chaleur corporelle de 4 personnes dans 15 m², c’est déjà 300 à 400 W gratuits.
- Couvertures de survie : ces fines feuilles dorées/argentées (quelques euros en pharmacie) reflètent 90 % de la chaleur corporelle. Enroulez-vous dedans par-dessus vos couvertures classiques.
- Sacs de couchage grand froid (confort -10°C ou -20°C) : indispensables. Coût : 80 à 200 €. Un investissement qui peut sauver votre famille en cas de coupure hivernale longue.
- Vêtements techniques : sous-couches thermiques (type ski de fond), polaire, doudoune. Habillez-vous par couches, y compris pour dormir.
- Bouillotte : un litre d’eau bouillante dans une bouillotte en caoutchouc, c’est 4 à 6 heures de chaleur localisée dans le lit. Si vous pouvez faire chauffer de l’eau (réchaud gaz), c’est un confort précieux.
- Chaufferettes chimiques : ces petits sachets qu’on active en les secouant (type ski) chauffent 6 à 10 heures. Stockez-en quelques dizaines.
⚠️ En cas de coupure longue (>1 semaine), avoir un plan refuge : identifiez des proches ou amis en maison individuelle avec chauffage bois. Anticipez cette solution AVANT la crise. Quand tout le monde cherche un refuge en même temps, il est trop tard.
3.2 Cuisson sans dépendance au réseau
🏡 En maison individuelle
Cuisinière à bois multifonction
On en a déjà parlé pour le chauffage, mais redisons-le : une cuisinière à bois, c’est trois usages pour un combustible. Le four chauffe à 200-250°C, parfait pour le pain, les gratins, les rôtis. La plaque de cuisson remplace votre gazinière. Et le bouilleur intégré (en option) chauffe l’eau sanitaire. C’est le cœur de la maison résiliente.
Four solaire
Si vous avez un jardin ou une terrasse bien exposée sud, un four solaire (100 à 300 € selon modèle) atteint 150 à 180°C en été. Ça cuit lentement (2 à 4 heures), mais c’est gratuit, écologique, et ça évite de chauffer la cuisine en pleine canicule. Parfait pour les légumes, le riz, les gratins, même des gâteaux. Limite : ça ne fonctionne qu’au soleil (mai à septembre, midi à 16h).
Réchauds camping et barbecue
Un réchaud camping gaz (2 ou 3 feux) avec 4 à 6 cartouches de gaz (ou une bouteille de 13 kg), c’est votre roue de secours culinaire. En coupure courte (quelques jours), ça dépanne largement. Coût : 30 à 80 € + cartouches.
Un barbecue au charbon ou au bois en extérieur, c’est aussi une solution de cuisson d’urgence (et conviviale). Stockez du charbon de bois ou utilisez vos chutes de bois sec.
Marmite norvégienne
C’est la cuisson passive : après 10 minutes de chauffe sur votre réchaud ou cuisinière, enfermez la casserole dans un caisson isolé (couvertures épaisses, polystyrène, laine). La cuisson continue pendant 4 à 8 heures sans aucune énergie supplémentaire. Parfait pour les plats mijotés, les légumineuses (lentilles, pois chiches), le riz complet. Vous pouvez fabriquer une marmite norvégienne artisanale avec une glacière et des couvertures. Coût : 0 à 50 €.
🏢 En appartement
✅ Four solaire si balcon exposé sud : c’est limité (été seulement, météo dépendante), mais si vous avez un balcon bien orienté, pourquoi s’en priver ? Ça fonctionne.
✅ Réchaud camping avec ventilation stricte : un réchaud gaz ou alcool en intérieur, c’est dangereux (risque de CO, d’incendie). Si vous n’avez pas le choix :
- Fenêtre grande ouverte en permanence
- Détecteur de CO obligatoire (20 à 40 €, ça peut vous sauver la vie)
- Pas de cuisson prolongée (>30 min)
- Jamais dans une pièce sans ventilation
Franchement, en appartement, le réchaud camping est une solution de dépannage très court terme (2-3 jours max). Pas une solution durable.
✅ Marmite norvégienne : ça, ça fonctionne partout. Aucun danger, aucune contrainte. Faites chauffer 10 minutes sur votre plaque électrique (tant que vous avez du courant), puis terminez passivement.
⚠️ Réchaud à alcool : moins dangereux que le gaz (pas de CO), mais pouvoir calorifique plus faible. Prend plus de temps pour chauffer. Coût du combustible : cher sur la durée.
❌ Pas de cuisson au bois en intérieur : évident, mais on le répète. Certains imaginent utiliser un petit poêle ou un brasero d’intérieur. C’est une très mauvaise idée : CO, fumée, risque d’incendie.
Réalité en coupure longue
Si vous êtes en appartement et que l’électricité/gaz sont coupés pendant plus d’une semaine, l’alimentation froide devient la norme : conserves, pain, fruits secs, fromages, charcuterie. Ou alors, cuisinez collectivement en extérieur avec vos voisins (barbecue dans la cour, réchauds sur le trottoir). La résilience urbaine, c’est aussi (surtout ?) du collectif.
3.3 Électricité minimale : kits solaires et batteries
🏡 En maison individuelle
Installation photovoltaïque avec batteries
C’est l’idéal de l’autonomie électrique partielle : des panneaux solaires (3 à 9 kWc selon vos besoins) couplés à des batteries lithium (5 à 20 kWh de stockage) vous permettent de couvrir 50 à 80 % de votre consommation annuelle, et de tenir plusieurs jours sans soleil.
Coût : 10 000 à 25 000 € installé, aides déduites (prime à l’autoconsommation, TVA réduite). Durée de vie : 20 à 25 ans pour les panneaux, 10 à 15 ans pour les batteries.
Dimensionnement réaliste
Ne visez pas l’autonomie totale (sauf si vous avez un très gros budget et acceptez de sur-dimensionner). Visez plutôt 50 à 70 % d’autoconsommation : ça couvre vos usages de base (éclairage, électroménager, informatique), et le réseau prend le relais pour les pics de consommation ou les semaines sans soleil.
En cas de coupure réseau, vos batteries prennent le relais pour les usages critiques : réfrigérateur, éclairage, communication, pompe à eau si besoin.
Limite du solaire en hiver
De novembre à février, la production solaire chute drastiquement (4 à 5 fois moins qu’en été). Si vous comptez sur le solaire pour votre chauffage ou votre eau chaude, vous allez déchanter. Le solaire, c’est pour les usages électriques spécifiques, pas pour les gros postes thermiques.
🏢 En appartement
❌ Panneaux sur toiture : c’est impossible (sauf si votre copropriété s’engage dans un projet collectif, ce qui est rarissime).
✅ Kits solaires nomades USB : c’est votre seule option, et elle est loin d’être négligeable.
- Panneau solaire portable 50 à 100 W (100 à 200 €) posé sur un balcon ou une fenêtre bien exposée
- Batterie externe haute capacité 20 000 à 50 000 mAh (50 à 150 €)
- Recharge : téléphones, tablettes, lampes LED USB, radio, petits ventilateurs
C’est limité, mais en cas de coupure longue, avoir de la lumière et de la communication, c’est essentiel. Ça maintient le moral, ça maintient le lien avec l’extérieur, ça vous permet de rester informé.
✅ Batteries externes pour téléphones/tablettes : même sans panneau solaire, stockez plusieurs batteries externes chargées (rotation régulière). En coupure de 3 à 7 jours, ça suffit pour maintenir la communication.
Limite du possible en appartement
En appartement urbain, votre autonomie électrique sera très limitée : éclairage LED + communication, c’est à peu près tout. Pas de réfrigérateur (sauf modèle 12V très sobre + grosse batterie), pas de chauffage, pas d’eau chaude. Acceptez cette réalité.
3.4 Eau chaude low-tech
🏡 En maison
Chauffe-eau solaire artisanal (été)
Un chauffe-eau solaire thermique (pas photovoltaïque), c’est un serpentin noir dans une caisse vitrée exposée sud. L’eau y chauffe à 50-70°C par effet de serre. Coût pro : 3000 à 6000 €. Version DIY : 200 à 500 € (avec récup de matériaux).
En été (mai à septembre), ça couvre 70 à 100 % de vos besoins en eau chaude. En hiver, ça ne produit presque rien sous nos latitudes (mais ça préchauffe l’eau, c’est déjà ça).
Récupération de chaleur du poêle
Si vous avez une cuisinière à bois avec bouilleur intégré, vous produisez de l’eau chaude “gratuite” tout l’hiver. Vous pouvez aussi fabriquer un serpentin en cuivre autour du conduit de votre poêle : l’eau y circule et se réchauffe (système thermosiphon, pas besoin de pompe).
Douche solaire extérieure (été)
Une poche à eau noire (20 L, 20 à 40 €) posée au soleil chauffe à 40-50°C en 2 heures. Parfait pour les douches d’été au jardin. Version DIY : tuyau noir en serpentin sur un panneau, le soleil fait le reste.
🏢 En appartement
✅ Douche solaire portative si balcon : même principe que pour la maison, mais en version nomade (été uniquement).
✅ Réduction drastique du besoin : en cas de coupure, vous n’aurez pas d’eau chaude. Habituez-vous dès maintenant à la toilette au gant (bassine + 2 litres d’eau chauffée au réchaud si possible, sinon froide). C’est sobre, ça fonctionne, nos grands-parents faisaient comme ça.
Réalité : accepter l’eau froide
En coupure prolongée sans solution de chauffage au bois, l’eau chaude devient un luxe. Vous pouvez chauffer de petites quantités au réchaud (très lent, très consommateur de gaz), mais pour une douche complète, oubliez. Préparez-vous mentalement : l’eau froide, ce n’est pas la mort. C’est même revigorant (une fois le choc initial passé).
PARTIE 4 : Eau et hygiène – l’énergie invisible

4.1 L’eau, une dépendance énergétique cachée
On n’y pense jamais, mais l’eau courante dépend de l’électricité :
- Pompage dans les nappes ou les rivières
- Surpresseurs dans les immeubles pour monter l’eau aux étages supérieurs
- Traitement et assainissement des eaux usées
En cas de coupure électrique prolongée, l’eau peut cesser de couler, surtout dans les immeubles. Dans les maisons, ça dépend : si vous êtes sur un réseau gravitaire (château d’eau en hauteur), ça peut tenir. Si c’est un forage avec pompe électrique, c’est fini.
Et l’eau chaude, c’est 40 à 50 litres par personne et par jour d’eau chauffée à 50-60°C. Ça représente 2 à 3 kWh par jour et par personne, soit 10 à 15 % de votre consommation totale d’énergie. En mode résilient, ce luxe disparaît.
4.2 Stocker et purifier l’eau sans énergie
🏡 En maison
Stockage 100 litres/personne minimum
C’est la règle de base : 100 litres d’eau potable par personne pour 7 à 10 jours d’autonomie (en rationnant). Pour une famille de 4, ça fait 400 litres. Ça tient dans un garage ou une cave.
Contenants :
- Cuves alimentaires 200 à 1000 L (50 à 300 €)
- Jerricans 20 L (10 à 20 €/pièce)
- Bouteilles en verre ou plastique alimentaire (récup)
Rotation : renouvelez tous les 6 à 12 mois (utilisez pour arroser, puis remplissez).
Récupération d’eau de pluie
Une cuve enterrée ou aérienne de 1000 à 5000 litres raccordée à vos gouttières, c’est de l’eau gratuite pour le jardin, les toilettes, le lavage. Avec une filtration gravitaire (sable + charbon actif + céramique), vous pouvez même la rendre potable.
Coût : 500 à 3000 € selon taille et installation.
Puits ou source
Si vous avez un puits ou une source sur votre terrain, avec une pompe manuelle (200 à 600 €), vous avez une autonomie quasi-totale en eau. C’est le luxe absolu de la résilience.
🏢 En appartement
Stockage réaliste : 20 à 50 litres/personne
Dans 50 m², difficile de caser 400 litres. Visez 20 à 50 L/personne (jerricans sous le lit, dans les placards, sur le balcon si pas de gel). Ça vous donne 3 à 5 jours d’autonomie en rationnant sévèrement (1 à 2 L/jour pour boire + hygiène minimale).
❌ Récupération d’eau de pluie : impossible sans toiture accessible.
✅ Fontaines publiques : en cas de coupure d’eau dans votre immeuble, identifiez AVANT les fontaines publiques ou points d’eau de secours de votre quartier. Prévoyez des contenants transportables (sac à dos avec jerricans, chariot de courses).
Purification (universel)
Quelle que soit votre source d’eau (pluie, rivière, puits, fontaine douteuse), il faut la purifier avant de la boire :
- Ébullition : 5 minutes à gros bouillons tue tout (virus, bactéries, parasites). Méthode la plus sûre, mais consomme de l’énergie.
- Filtres céramique ou charbon actif (type Berkey, British Berkefeld) : 200 à 400 €, filtre 10 000 à 20 000 litres sans électricité ni consommable. Excellent investissement.
- Pastilles de purification (type Micropur, Aquatabs) : tuent les bactéries, pas les particules. 10 à 20 € les 100 pastilles. Bon complément.
- UV solaire : remplissez des bouteilles transparentes, exposez au soleil 6 heures. Les UV tuent les micro-organismes. Gratuit, mais lent.
4.3 Hygiène sobre et résiliente (universel)
Toilette complète avec 2 litres d’eau
Bassine + gant de toilette + savon = corps entier lavé avec 2 litres. C’est la méthode de nos grands-parents, et ça fonctionne. Testez-la avant la crise, vous verrez que ce n’est pas si compliqué.
Savons naturels, shampoing sec
- Savon de Marseille ou savon d’Alep : multi-usages (corps, cheveux, lessive), hypoallergénique, dure des mois
- Shampoing sec (fécule de maïs + bicarbonate) : absorbe le sébum, permet d’espacer les lavages de cheveux
Lessive et vaisselle à la main
Avec de l’eau chauffée au bois ou au réchaud (ou froide avec du savon de Marseille râpé + cristaux de soude), vous pouvez laver le linge et la vaisselle. C’est plus long, plus physique, mais ça fonctionne.
Toilettes
🏡 En maison : toilettes sèches
Zéro consommation d’eau, zéro dépendance au réseau d’assainissement. Vous séparez urine et matières solides (+ sciure ou copeaux de bois), et vous compostez. Après 1 an de maturation, c’est un compost riche pour le jardin (pas pour les légumes-feuilles, mais pour les arbres fruitiers, c’est parfait).
Coût : 200 à 1000 € (ou DIY pour moins de 100 €).
🏢 En appartement : réduction des chasses
Les toilettes sèches en appartement, c’est quasi impossible (sauf si vous avez un jardin en bas de l’immeuble pour composter, et encore). Mais vous pouvez :
- Mettre une bouteille de 1,5 L remplie d’eau dans le réservoir : ça réduit le volume de chaque chasse de 20 à 30 %
- En coupure d’eau, évacuation manuelle : un seau d’eau versé d’un coup dans la cuvette = 1 chasse (ça fonctionne par siphonnage)
PARTIE 5 : Le plan B énergétique – anticiper les coupures

5.1 Les trois scénarios à préparer
Coupure courte (quelques heures)
C’est le plus fréquent (orage, maintenance, surcharge). Gestes réflexes :
- Débranchez les appareils sensibles (informatique, électroménager)
- Allumez une lampe LED
- Ouvrez le frigo le moins possible (garde le froid 4 à 6 heures si fermé)
- Attendez patiemment
Coupure moyenne (1 à 3 jours)
Là, ça devient sérieux. Vous avez besoin de votre kit d’urgence énergétique (voir ci-dessous) :
- Éclairage autonome (lampes LED, bougies)
- Chauffage d’appoint ou repli thermique (couvertures, sacs de couchage)
- Cuisson de secours (réchaud gaz, conserves froides)
- Communication (batteries externes, radio)
Coupure longue (1 semaine et plus)
C’est le scénario catastrophe. Seules les familles préparées avec systèmes autonomes (chauffage bois, panneaux solaires, récupération d’eau) peuvent tenir confortablement. Les autres devront :
- Rationner sévèrement (énergie, eau, nourriture)
- S’organiser collectivement (voisins, famille)
- Ou évacuer vers un refuge plus résilient
5.2 Votre kit de résilience énergétique
Éclairage (universel)
- Lampes LED rechargeables USB (10 à 30 € pièce) : autonomie 5 à 20 heures, recharge sur batterie externe ou panneau solaire. Prévoyez-en 3 à 5 pour la famille.
- Lampes frontales (15 à 40 €) : mains libres, pratique pour cuisiner ou bricoler dans le noir
- Bougies (en quantité : 100 à 200 pour plusieurs semaines). Attention au risque d’incendie : jamais sans surveillance, loin des rideaux, bougeoirs stables.
- Lampes tempête à pétrole (20 à 50 €) : pour extérieur ou pièces bien ventilées uniquement (fumées)
Chauffage d’appoint
🏡 En maison :
- Bois (4 à 8 stères d’avance)
- Réchaud d’urgence (camping gaz ou alcool) pour chauffer une petite pièce (très limité, mais mieux que rien)
🏢 En appartement :
- Couvertures de survie (5 à 10 €/pièce) : réfléchissent la chaleur corporelle
- Sacs de couchage grand froid (80 à 200 € selon confort) : indispensables
- Vêtements techniques : sous-couches thermiques, doudounes, bonnets, gants
- Bouillottes (10 à 20 €) : si vous pouvez chauffer de l’eau
Cuisson
🏡 En maison :
- Bois (cuisinière, barbecue)
- Réchaud camping gaz + cartouches (6 à 10 cartouches = 2 à 3 semaines de cuisson sobre)
- Marmite norvégienne
🏢 En appartement :
- Réchaud camping (avec détecteur CO, fenêtre ouverte)
- Aliments froids (conserves, pain, fromages, fruits secs, charcuterie)
Communication (universel)
- Batteries externes haute capacité (20 000 à 50 000 mAh) : 2 à 3 par famille, chargées en rotation
- Radio à dynamo ou solaire (30 à 60 €) : reste informé même sans électricité
- Talkie-walkie (30 à 80 € la paire) : communication locale (famille, voisins) si réseau téléphonique HS
Froid
🏡 En maison :
- Cave ou cellier (8 à 12°C toute l’année) : conserve les aliments sans électricité
- Conservation hivernale extérieure : de novembre à mars, votre balcon ou votre jardin est un frigo naturel (attention aux animaux)
🏢 En appartement :
- Glacières (avec pains de glace si vous avez un voisin avec congélateur qui fonctionne)
- Balcon en hiver : de novembre à mars, c’est un frigo naturel
- Consommation rapide des denrées périssables dès le début de la coupure (organisez des repas avec les voisins pour écouler les stocks)
5.3 Les protocoles familiaux à tester (universel)
Exercice de coupure volontaire
Une fois par an (idéalement en hiver), organisez une coupure volontaire : coupez le disjoncteur principal, et vivez 24 heures sans électricité ni gaz. Vous allez découvrir :
- Ce qui manque vraiment (et ce qui est superflu)
- Ce qui fonctionne dans votre kit d’urgence (et ce qui ne fonctionne pas)
- Comment la famille s’organise (ou panique)
C’est LA meilleure préparation mentale et pratique.
Routines adaptées : vivre au rythme du jour
Sans électricité, vous devez caler votre vie sur la lumière naturelle :
- Lever au jour (7h en hiver, 6h en été)
- Coucher à la nuit (19h en hiver, 22h en été)
- Cuisine centralisée : un ou deux repas chauds par jour, préparés d’un coup pour économiser le combustible
- Activités communes : lectures, jeux de société, discussions à la lumière des bougies (ça resserre les liens)
Organisation des tours (si chauffage bois)
En hiver avec un poêle à bois, quelqu’un doit alimenter le feu toutes les 2 à 4 heures. Organisez des tours de garde (adultes + grands ados) pour ne pas épuiser une seule personne.
Communication de crise
- Points de rendez-vous : si les téléphones ne fonctionnent plus, où se retrouve-t-on ? (maison de famille, place du village, chez un voisin proche)
- Réseau d’entraide local : qui a quoi ? (bois, eau, éclairage, compétences). Organisez-vous AVANT la crise : un groupe WhatsApp de voisins, des échanges informels, du troc, de l’entraide. La résilience, c’est collectif.
💡 Pour compléter votre préparation globale, consultez notre article Stock alimentaire d’urgence.
5.4 Anticiper les pannes sur le long terme
Entretien des systèmes autonomes
- Nettoyage du poêle ou de la cuisinière : vitre, cendrier, grille (toutes les 2 semaines en pleine utilisation)
- Ramonage du conduit : 2 fois par an minimum (dont 1 fois pendant la saison de chauffe)
- Maintenance des batteries solaires : vérifier les connexions, nettoyer les bornes, contrôler le niveau de charge (tous les 3 à 6 mois)
- Rotation du stock de bois : utilisez toujours le plus ancien, ajoutez du frais chaque année
Pièces de rechange et outils de dépannage
- Joints de poêle (vitre, porte) : s’usent avec le temps
- Bougies d’allumage (pour réchauds gaz)
- Filtres de rechange (pour système de purification d’eau)
- Ampoules LED de rechange
- Outils de base : clés, pinces, tournevis, ruban adhésif, fil de fer
Réseau d’entraide local
On ne le dira jamais assez : la vraie résilience, c’est le collectif. Vous ne pourrez pas tout avoir, tout savoir, tout gérer seul. Identifiez vos voisins prêts à s’entraider :
- Qui a du bois en trop ?
- Qui sait réparer un poêle ?
- Qui a un générateur ?
- Qui a un puits ?
- Qui a des compétences médicales ?
Organisez des ateliers de partage (fabrication de marmites norvégiennes, construction d’un four solaire, techniques de purification d’eau). Créez du lien AVANT la crise.
PARTIE 6 : La question qui fâche – faut-il quitter la ville pour être résilient ?

6.1 La résilience urbaine : une équation de plus en plus difficile
Si vous avez lu jusqu’ici, vous avez compris que la résilience énergétique en appartement urbain est structurellement limitée. Vous pouvez optimiser, réduire, préparer… mais vous resterez fondamentalement dépendant du système.
Les limites structurelles de la ville
La ville, c’est l’efficacité par la concentration. Mais cette efficacité repose sur une dépendance totale aux flux extérieurs :
- Énergie : électricité et gaz arrivent de centrales lointaines. Pas de production locale possible en appartement.
- Eau : pompée, traitée, acheminée par des infrastructures électriques. Pas de puits, pas de source, pas de récupération de pluie.
- Nourriture : 100 % importée. Impossible de produire significativement en ville (même avec des jardins partagés, on ne parle que de quelques salades).
- Chauffage : impossible de brûler du bois en appartement. Dépendance totale à l’électricité ou au gaz de ville.
Vulnérabilité extrême en cas de rupture
Si l’un de ces flux est interrompu pendant plus de quelques jours (panne de centrale, coupure de gaz, grève, cyberattaque, guerre), la ville devient invivable très rapidement :
- Pas de chauffage en hiver → froid mortel
- Pas d’eau courante → pénurie, conflits, maladies
- Pas de nourriture dans les supermarchés → pillages, violence
- Densité = tensions sociales : 10 000 personnes au km² qui ont faim et froid, c’est ingérable
Ce qui reste possible en ville
Ne sombrons pas dans le catastrophisme. En ville, vous pouvez quand même :
- Sobriété radicale : réduire votre consommation de 50 à 70 %
- Réseau d’entraide et mutualisation : achats groupés, troc, jardins partagés, ateliers collaboratifs. Le collectif est votre principale ressource.
- Accès aux services : tant que le système fonctionne, vous avez des hôpitaux, des transports, des commerces, de la culture. Ce n’est pas négligeable.
- Mobilité : tant qu’il y a de l’énergie, vous pouvez partir rapidement (train, voiture) si la situation dégénère.
Mais en cas de crise énergétique durable, ces avantages s’effondrent. Et il vous reste… pas grand-chose.
Constat direct
La résilience énergétique urbaine, c’est gérer l’urgence (72 heures, peut-être 1 semaine), mais c’est impuissant face à la crise longue. Si vous vivez en appartement et que vous lisez cet article, vous êtes probablement en train de réaliser que vos options sont limitées. Et vous vous posez peut-être cette question : “Est-ce que je devrais partir ?”
6.2 Les vrais critères pour décider
Partir ou rester ? Ce n’est pas une question morale. Ce n’est pas une question de “courage” ou de “fuite”. C’est une question stratégique qui dépend de votre situation personnelle, de vos valeurs, de vos moyens, et de votre acceptation du risque.
Questions à se poser honnêtement
Quel est mon niveau d’acceptation du risque ?
Certaines personnes dorment très bien en ville malgré leur vulnérabilité (“ça n’arrivera pas”, “l’État gérera”). D’autres sont rongées d’anxiété. Si vous êtes dans le deuxième cas, et que vous en avez les moyens, partir peut être une vraie libération mentale.
Ai-je les moyens financiers de déménager ?
Vendre un appartement en ville, acheter une maison à la campagne, ça demande souvent un apport et une capacité d’emprunt. Si vous êtes locataire en ville, c’est plus facile (pas de vente), mais il faut trouver du travail ou des revenus en zone rurale (souvent plus faibles).
Ma situation professionnelle le permet-elle ?
Télétravail : c’est le sésame. Si vous pouvez travailler de n’importe où, vous avez une liberté énorme.
Retraite : idem, vous êtes libre géographiquement.
Emploi local : plus compliqué. Les salaires ruraux sont plus bas, les opportunités plus rares (sauf artisanat, agriculture, services de proximité).
Quel est l’âge de mes enfants ?
Enfants en bas âge (0-6 ans) : facile à déplacer, pas de scolarité critique.
École primaire (6-11 ans) : ça passe, les écoles rurales existent encore (pour combien de temps ?).
Collège/lycée (11-18 ans) : plus délicat. L’offre éducative en milieu rural est limitée (fermetures de classes, peu d’options). Internats, ramassage scolaire long, ou cours par correspondance (CNED). Il faut anticiper.
Suis-je prêt à changer radicalement de mode de vie ?
La vie rurale, ce n’est pas des vacances à la campagne. C’est :
- Moins de services : hôpitaux à 30 km, pas de cinéma, pas de livraisons rapides
- Plus de travail physique : jardinage, bricolage, chauffage bois, entretien de la maison
- Plus de lenteur : distances, administrations, démarches
- Plus de lien social direct : voisins, entraide, mais aussi vie de village (potins, contrôle social)
Si vous idéalisez la campagne, vous allez déchanter. Si vous êtes prêt à apprendre, à vous adapter, et à accepter des contraintes nouvelles en échange de plus de résilience, alors ça peut être pour vous.
Ai-je les compétences (ou la capacité d’apprendre) ?
Jardinage, bricolage, réparation, conservation, chauffage bois, purification d’eau… ça s’apprend, mais ça demande du temps et de la volonté. Si vous n’avez jamais tenu une pioche ou un marteau, ça va être rude au début. Mais c’est faisable, des milliers de néo-ruraux le prouvent chaque année.
Les trois profils de choix
1. “Je reste en ville en conscience”
C’est un choix légitime. Vous avez pesé les risques, et vous décidez de rester parce que :
- Votre travail est ici
- Votre famille est ici
- Vous aimez la vie urbaine
- Vous n’avez pas les moyens ou l’envie de partir
Ce que vous pouvez faire :
- Optimiser votre sobriété énergétique au maximum
- Construire un réseau d’entraide local solide (voisins, amis, associations)
- Constituer des stocks d’urgence (eau, nourriture, éclairage, chauffage d’appoint)
- Identifier un plan refuge (famille, amis en zone rurale) en cas de crise majeure
- Accepter votre vulnérabilité : vous ne serez jamais totalement résilient en ville, et c’est OK
2. “Je prépare ma sortie progressive”
Vous voulez partir, mais vous ne pouvez pas le faire tout de suite. Vous vous donnez 2 à 5 ans pour préparer la transition.
Ce que vous pouvez faire dès maintenant :
- Identifier une zone cible : climat, prix de l’immobilier, accès aux services, dynamisme local
- Tester des séjours prolongés : locations saisonnières, woofing, visites de villages
- Développer des compétences utiles : jardinage (louez un jardin partagé en ville), bricolage, conserves
- Économiser pour l’achat : réduire vos dépenses urbaines (loyer, voiture, sorties) pour capitaliser
- Sécuriser vos revenus : télétravail, freelance, création d’activité portable
- Préparer la famille psychologiquement : discussions, visites, projections. Tout le monde doit être à bord.
3. “Je pars maintenant”
Vous avez les moyens, la volonté, et la situation le permet. Vous sautez le pas.
Conditions nécessaires :
- Situation professionnelle compatible : télétravail, retraite, reconversion assumée
- Capacité financière : apport + emprunt, ou vente d’un bien en ville
- Acceptation du changement radical : vous savez que ça va être difficile les premiers mois/années
- Accompagnement familial aligné : conjoint(e) et enfants sont d’accord et motivés
Les erreurs fatales à éviter
Si vous décidez de partir, ne faites surtout pas ça :
❌ Partir dans l’urgence sans préparation
“On vend tout, on achète une ruine à retaper, on verra bien.” Résultat : galère financière, désillusion, retour en ville 2 ans après (avec des dettes).
❌ S’isoler complètement
“On va vivre en autonomie totale, on n’a besoin de personne.” Erreur. Le réseau local (voisins, artisans, associations) est vital. L’autonomie totale est un mythe dangereux.
❌ Sous-estimer les compétences nécessaires
“Je vais apprendre sur le tas.” Oui, mais ça prend des années. Formez-vous AVANT (stages de permaculture, bricolage, maçonnerie). Ou acceptez de galérer longtemps.
❌ Idéaliser la vie rurale
La campagne, ce n’est pas Instagram. C’est du boulot, de la solitude parfois, des imprévus constants (maison qui fuit, voiture en panne, animaux malades). Si vous cherchez la tranquillité absolue, vous allez déchanter.
❌ Négliger l’aspect financier
Les revenus ruraux sont souvent 20 à 40 % plus bas qu’en ville (sauf télétravail). Vos dépenses énergétiques et d’entretien seront plus élevées (chauffage, voiture indispensable). Prévoyez une marge.
6.3 La vraie question
Au fond, la question n’est pas “ville ou campagne ?” mais :
👉 “Quelle est ma stratégie de résilience réaliste compte tenu de ma situation ?”
Si vous êtes en ville et que vous y restez : maximisez votre sobriété, construisez du lien, préparez l’urgence.
Si vous êtes en ville et que vous partez : préparez-vous sérieusement, ne brûlez pas les étapes, apprenez avant de sauter.
Si vous êtes déjà en zone rurale : mesurez votre chance, et ne la gâchez pas. Investissez dans votre résilience (isolation, bois, eau, jardin, réseau local). Vous avez une marge de manœuvre que des millions de Français n’ont pas.
Et si vous êtes en train de lire cet article en vous disant “je ne sais pas quoi faire”, commencez par un audit honnête de votre situation (partie 1 de cet article). Puis testez des choses : un week-end sans électricité, un stage de permaculture, une visite de villages. La résilience, ça se construit pas à pas.
💡 Pour aller plus loin sur la construction d’un réseau d’entraide local, nous prévoyons un article dédié prochainement.
Conclusion : Une résilience progressive, lucide et adaptée
La résilience énergétique familiale, ce n’est pas un état binaire (résilient ou pas résilient). C’est un curseur que vous déplacez progressivement, à votre rythme, selon vos moyens et votre situation.
Pour les familles en maison individuelle, les marges de manœuvre sont considérables : chauffage bois, panneaux solaires, récupération d’eau de pluie, potager vivrier. Vous pouvez viser une autonomie de 50 à 80 % sur l’énergie, et dormir tranquille en cas de coupure. Si vous êtes dans cette situation, ne gâchez pas cette chance. Investissez dans votre résilience maintenant, avant que ce ne soit urgent (et donc trop tard).
Pour les familles en appartement urbain, la réalité est plus dure : votre résilience énergétique passera surtout par la sobriété radicale, le réseau d’entraide, et peut-être un jour, un choix de vie différent. Vous ne serez jamais totalement résilient en ville. Mais vous pouvez quand même préparer l’urgence (kit de 72 heures, stocks, plan refuge), et surtout, vous poser honnêtement la question de votre avenir géographique.
L’essentiel, où que vous soyez :
- Commencez par la sobriété : réduire votre consommation de 30 à 50 %, c’est faisable pour tous, dès maintenant, sans investissement.
- Diversifiez ensuite vos sources : selon vos possibilités (maison/appartement), ajoutez des plans B (bois, solaire, réchauds, batteries).
- Testez avant la crise : exercices de coupure volontaire, routines adaptées, kit d’urgence. Ne découvrez pas vos failles en situation réelle.
- Construisez du collectif : la résilience individuelle est un mythe. Vous aurez besoin de vos voisins, de vos amis, de votre famille. Tissez ces liens AVANT.
- Restez lucide sur vos limites : acceptez ce que vous ne pouvez pas contrôler, et concentrez-vous sur ce que vous pouvez améliorer.
La résilience énergétique, ce n’est pas l’autarcie. C’est réduire sa vulnérabilité et retrouver de la sérénité. C’est pouvoir regarder l’hiver arriver sans angoisse. C’est savoir que si le système flanche, vous et votre famille tiendrez quelques jours, quelques semaines, voire quelques mois.
Appel à l’action final
Cette semaine, faites trois choses :
- Faites votre audit énergétique : relevez vos compteurs, identifiez vos gros postes de consommation.
- Identifiez un premier levier de sobriété à activer : isolation d’une fenêtre, extinction des veilles, réduction de la température de consigne, douches plus courtes. Un seul levier, mais mettez-le en place vraiment.
- Testez une coupure volontaire d’une soirée : coupez le disjoncteur après le dîner, vivez sans électricité jusqu’au lendemain matin. Vous allez apprendre énormément sur vos besoins réels et vos failles.
Et si vous êtes en ville, posez-vous honnêtement cette question : est-ce que je veux (et peux) rester ici dans 5 ans ?
La résilience, ça se construit maintenant. Pas demain. Maintenant.
Et si vous alliez plus loin dans votre préparation ?

Cet article n’est qu’une porte d’entrée. Pour structurer votre autonomie pas à pas – eau, nourriture, énergie, santé, entraide familiale – j’ai créé le programme Familles Résilientes.
👉 En 6 mois, vous construisez votre résilience avec des méthodes simples, des projets concrets chaque mois, et le soutien d’une communauté motivée.
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📌 Pour aller plus loin :
- Sobriété énergétique en pratique : chiffres clés et leviers pour réduire votre consommation
- Chauffage ou isolation ? : arbitrer entre les deux investissements majeurs
- Stock alimentaire d’urgence : compléter votre préparation globale
- Articles à venir : chauffage bois et rocket stove, purification d’eau low-tech, réseau d’entraide local, réussir sa transition vers la vie rurale




