Fin 2020, j’ai signé un devis pour 12 panneaux solaires monocristallins, un onduleur de 5 kW et une batterie LG de 7 kWh. À l’époque, je pensais faire un beau geste pour la planète tout en sécurisant ma maison contre les coupures. Six ans plus tard, je sais que je me suis fait plumer — pas par mon installateur, qui a fait son travail, mais par tout un récit commercial auquel j’ai cru sans suffisamment le questionner.
Ce que tu vas apprendre dans cet article :
- Pourquoi le récit commercial autour de l’autonomie en électricité est largement un mirage marketing
- Le bilan honnête, chiffré, de mon installation 6 ans après la signature
- L’erreur de raisonnement fondamentale dans laquelle je suis tombé (et que tu peux éviter)
- Ce que je ferais aujourd’hui, dans l’ordre, avec le même budget — et pourquoi le solaire arrive en dernier
Sommaire
Cette vidéo, je l’ai tournée il y a un peu plus de cinq ans, alors que j’étais déjà en train de réaliser l’ampleur du piège dans lequel j’étais tombé. Elle reste, à ce jour, le résumé le plus honnête que j’ai pu faire de ma désillusion solaire. Je te conseille de la regarder avant ou après cet article — elle dit avec d’autres mots ce que je vais détailler ici à froid.
Cette désillusion n’est pas un cas isolé. Je rencontre régulièrement des familles qui ont installé du solaire avec les mêmes attentes que moi, et qui se retrouvent avec les mêmes constats six ans plus tard. Le problème n’est pas le matériel — il fonctionne globalement comme prévu. Le problème, c’est que personne ne nous a expliqué la vraie question à se poser avant d’investir. Pour bien comprendre cette vulnérabilité collective, il faut d’abord comprendre la dépendance énergétique française dans laquelle on baigne depuis cinquante ans.
Cet article n’est pas un règlement de comptes contre le solaire. C’est un retour d’expérience à 6 ans pour t’aider à éviter les erreurs que j’ai commises. Et surtout, à te poser les bonnes questions avant de signer.
1. Ce que les vendeurs de panneaux ne vous diront jamais
Avant même de parler de solutions, il faut comprendre ce qui se cache derrière la promesse marketing de l’autonomie électrique. Parce que tant que tu n’as pas démonté ce récit, tu vas continuer à raisonner avec les mauvais outils.
1.1 Le pacte implicite : “vous gardez votre mode de vie, on s’occupe du reste”
Quand tu rentres dans un showroom solaire, ou que tu fais venir un commercial à domicile, le pitch est toujours le même. On regarde tes factures EDF. On dimensionne une installation pour couvrir tes besoins actuels. On te promet une réduction massive de ta facture, un retour sur investissement en 8-12 ans, et la fierté du geste écologique.
Ce que ce pitch ne dit pas, c’est qu’il part de ta consommation actuelle comme une donnée intangible. Le commercial ne va jamais te dire “et si on réduisait votre consommation par dix avant d’investir dans la production ?”. Ce n’est pas son métier. Son métier, c’est de te vendre du matériel. Et plus ta consommation est élevée, plus son installation sera grosse, plus sa marge sera confortable.
Le pacte implicite, c’est donc : “Continuez à vivre comme avant, on s’occupe de produire l’énergie pour vous.” Sauf que c’est précisément ce raisonnement qui rend tout l’édifice fragile.
1.2 La fiction du “geste pour la planète”
C’est la partie la plus dérangeante de mon parcours. Je me suis installé du solaire en pensant réduire mon empreinte carbone. En réalité, un panneau photovoltaïque ne compensera probablement jamais l’énergie qui a été nécessaire pour le fabriquer.
L’argument est massivement contesté par les vendeurs, mais les chiffres parlent. Un panneau standard est fabriqué en Chine à partir de silicium dont la purification consomme énormément d’énergie thermique (essentiellement issue du charbon). Il faut ajouter le transport intercontinental, les terres rares, l’argent métal, l’aluminium du cadre. Et en bout de chaîne, la France n’a aucune filière de recyclage industrielle pour les panneaux usagés — ils partent en déchets ultimes.
L’EROI (Energy Return On Investment) du photovoltaïque, c’est-à-dire le ratio entre l’énergie qu’un panneau produit sur sa durée de vie et l’énergie qu’il a consommée pour exister, est très faible : autour de 5 à 10 selon les études les plus sérieuses, contre 50 à 100 pour les énergies fossiles ou le nucléaire. Autrement dit : on ne peut pas faire tourner une société industrielle complexe avec du photovoltaïque seul. Mathématiquement.
Ce n’est pas moi qui le dit, ce sont les travaux de Jean-Marc Jancovici et du Shift Project, que j’ai découverts trop tard — après avoir signé mon devis.
1.3 Le piège de l’épargne disponible
Voici l’angle mort le plus traître de toute cette histoire : avoir de l’argent à investir devient un facteur aggravant, pas une chance.
Quand tu as 20 000 € d’épargne, le commercial solaire devient ton meilleur ami. Il va t’aider à les dépenser. Et plus tu en as, plus l’installation sera dimensionnée à ton confort actuel, et non au strict nécessaire.
Si je n’avais pas eu cette épargne, j’aurais été contraint de penser plus petit. J’aurais peut-être commencé par isoler mes combles, par installer un poêle de masse, par changer mes ampoules, par couper les veilles de tous mes appareils. Bref, j’aurais d’abord travaillé sur la demande, et seulement ensuite sur l’offre.
L’épargne disponible m’a permis de sauter cette étape. Et c’est précisément cette étape qui aurait été la plus rentable, la plus efficace, et la plus alignée avec mes valeurs.
2. Mon installation, 6 ans après : le bilan honnête
Maintenant que le récit commercial est démonté, parlons des faits. Voici ce que mon installation produit, ce qu’elle a coûté, et ce qu’elle vaut vraiment.
2.1 Le matériel et l’investissement initial
Mon installation, c’est :
- 12 panneaux SolarEdge monocristallins de 310 W chacun, soit environ 3,7 kWc de puissance crête
- Micro-onduleurs SolarEdge au pied de chaque panneau (technologie qui permet d’optimiser la production panneau par panneau)
- Onduleur central de 5 kW
- Batterie LG de 7 kWh pour assurer une continuité minimale en cas de coupure du réseau
L’investissement total, primes déduites, tournait autour de 18 000 à 22 000 € selon les configurations équivalentes. Ce n’est pas une somme négligeable — c’est l’équivalent d’une rénovation de toiture complète, ou d’une isolation par l’extérieur d’une maison de taille moyenne.
2.2 Ce qui a tenu la promesse
Je ne suis pas là pour cracher dans la soupe. Sur certains points, l’installation a fait ce qu’on m’avait promis :
- Ma facture annuelle d’électricité a été divisée par environ deux. L’autoconsommation fonctionne, surtout en mi-saison où la production correspond bien à la consommation domestique.
- En cas de coupure du réseau, la batterie prend effectivement le relais sur les usages essentiels — chez moi, c’est la centrale du chauffage solaire thermique, qui consomme très peu mais doit fonctionner en continu.
- Le matériel n’a connu aucune panne en 6 ans. La technologie SolarEdge avec micro-onduleurs est robuste.
2.3 Ce qui a déçu
Mais le décor a aussi son envers. Plusieurs points m’ont profondément refroidi avec le recul :
L’autonomie hivernale est un mythe. De novembre à février, ma production solaire est divisée par 4 à 5 par rapport à l’été. C’est précisément la période où j’ai le plus besoin d’énergie (chauffage, éclairage, eau chaude). Résultat : en hiver, je suis presque entièrement dépendant du réseau, comme avant.
La dépendance au réseau reste structurelle. Mon installation est conçue pour fonctionner avec le réseau, pas sans lui. En cas de panne réseau, ma batterie de 7 kWh ne tient même pas une journée si je veux maintenir un usage normal — elle est dimensionnée pour quelques heures de continuité critique, pas pour une autonomie réelle.
La batterie va devoir être remplacée. Une batterie lithium a une durée de vie de 10 à 15 ans selon l’usage. Au bout du chemin, c’est 5 000 à 8 000 € à réinvestir, ou bien on perd la fonction stockage. Personne ne m’avait parlé de cette dépense à anticiper dans le calcul initial.
Le ROI réel dépend du prix de l’électricité. Si le prix du kWh stagne ou baisse, mon retour sur investissement glisse. Si la conjoncture me rend l’électricité plus chère, je gagne. Je suis en réalité spéculateur sur le prix de l’énergie, pas autonome.
2.4 Le calcul que j’aurais dû faire avant de signer
Avec le recul, voici ce que j’aurais dû calculer avant de signer le devis :
| Question à se poser | Mon erreur en 2020 |
|---|---|
| Quelle énergie pour fabriquer ce matériel ? | Je n’y ai jamais pensé |
| Quelle proportion de ma consommation annuelle réellement couverte ? | J’ai cru aux chiffres commerciaux, qui mélangent été et hiver |
| Que se passe-t-il quand la batterie meurt en 2030 ? | Aucune réponse |
| Et si j’investissais le même budget en isolation ? | Je n’ai pas posé l’alternative |
Pour faire ce genre d’audit honnête sur ta propre maison, je te recommande de commencer par regarder des chiffres clés sur la consommation d’un foyer français et de comparer avec tes propres factures. Tu vas être surpris.
3. Le piège mental dans lequel je suis tombé
Le vrai problème, ce n’était pas le matériel. C’était ma façon de penser le projet. Et c’est là que la plupart des familles qui investissent dans le solaire se trompent — pas par manque d’intelligence, mais par défaut de cadrage.
3.1 L’erreur de cadrage : “réduire ma facture” au lieu de “réduire ma consommation”
Je suis parti d’une question : comment réduire ma facture EDF ?
J’aurais dû partir d’une autre question : comment réduire ma consommation d’énergie ?
Ce n’est pas la même chose. La première débouche sur une stratégie d’investissement (acheter du matériel pour produire). La seconde débouche sur une stratégie de sobriété (changer d’usage, isoler, abandonner certains appareils).
Pourquoi cette nuance change tout ? Parce qu’un kWh non consommé coûte zéro et n’a aucun impact environnemental. Alors qu’un kWh produit par mes panneaux a un coût d’investissement, un coût d’opportunité, et un impact carbone caché dans la fabrication.
3.2 Le bobo écolo qui se donne bonne conscience
Je vais être direct avec toi, parce que ça m’a coûté cher : j’ai installé du solaire en partie pour me donner bonne conscience.
C’est désagréable à reconnaître, mais c’est vrai. Quand on a un mode de vie confortable, qu’on consomme beaucoup, qu’on sait que la planète va mal, l’envie de “faire quelque chose” devient une pulsion forte. Le commercial solaire arrive avec une réponse simple, visible, valorisable socialement (“on a installé des panneaux !”). Et hop, le problème est réglé. Du moins en apparence.
En réalité, j’ai juste déplacé le problème. J’ai investi 20 000 € pour me dispenser de la vraie question : est-ce que mon mode de vie est compatible avec une planète à 8 milliards d’habitants ?
La réponse honnête est non. Et aucun panneau solaire ne pourra compenser ça.
3.3 Jancovici, ou le réveil tardif
C’est en lisant le travail de Jean-Marc Jancovici, après l’installation, que j’ai compris la dimension du piège.
Son chiffre le plus parlant : un Français moyen consomme l’équivalent énergétique du travail de 600 esclaves à plein temps. Voiture, chauffage, eau chaude, supermarché, transport des marchandises, infrastructures — tout cela représente une quantité d’énergie phénoménale, dont nous n’avons aucune conscience parce qu’elle nous arrive sans effort, par un câble ou par une pompe à essence.
Si on devait fournir cette énergie par la force de nos bras, on reviendrait à un mode de vie pré-industriel en quelques semaines. Personne ne tiendrait deux jours.
Or les énergies renouvelables — éolien, solaire, biomasse — ne pourront jamais remplacer ce niveau d’énergie. Elles sont trop diffuses, trop intermittentes, trop coûteuses énergétiquement à fabriquer. Elles peuvent compléter, oui. Remplacer, non.
La conclusion qui en découle est dérangeante : pour que la transition fonctionne, il faut diviser notre consommation par dix, pas par trois. Passer de 9 kVA d’abonnement à 1 kVA. C’est un changement de mode de vie radical, pas une simple optimisation.
3.4 Le déni que personne n’ose dire
Et c’est là que ça devient inconfortable. Parce que diviser sa consommation par dix, ça veut dire renoncer à beaucoup de choses :
- Plus de sèche-linge, plus de lave-vaisselle utilisé tous les jours
- Une seule pièce chauffée en hiver, à 16 ou 17 degrés
- Pas de climatisation en été
- Cuisson au bois ou au feu, pas à l’induction permanente
- Fin de la consommation numérique permanente (streaming, multi-écrans)
- Une voiture beaucoup plus petite, utilisée beaucoup moins
- Et tant d’autres ajustements quotidiens
Personne ne veut entendre ça. Et c’est précisément pour ça que le récit commercial du solaire fonctionne si bien : il offre l’illusion qu’on peut être écolo sans rien changer. C’est rassurant, c’est confortable, et c’est faux.
4. Ce qu’il aurait fallu faire à la place
Si je devais recommencer aujourd’hui, avec le même budget de départ, voici dans quel ordre j’investirais. Et l’ordre est crucial — si tu inverses les étapes, tu refais mon erreur.
4.1 Priorité absolue : l’isolation
Un euro investi en isolation rapporte 5 à 10 fois plus, en énergie économisée sur la durée de vie du bâtiment, qu’un euro investi en panneau solaire. C’est mathématique, c’est documenté, c’est peu sexy commercialement.
L’ordre de priorité, dans une rénovation classique :
- Combles et toiture : 30 % des déperditions thermiques. 30 à 40 cm de laine de roche, ouate de cellulose ou laine de bois. Le levier le plus rentable, point.
- Murs : 20 à 25 % des déperditions. Idéalement par l’extérieur quand c’est possible.
- Fenêtres : 10 à 15 %. Double vitrage minimum, triple vitrage en zone froide.
- Plancher bas : souvent oublié, et pourtant 7 à 10 % des pertes.
- VMC double flux : récupère 70 à 90 % de la chaleur de l’air vicié.
Une fois la maison isolée, tu peux chauffer une grande pièce avec un simple poêle bien dimensionné. Et tu divises ta facture par 3 à 5 sans avoir produit un seul watt.
4.2 Sobriété structurelle : viser 1 kVA, pas 9
Après l’isolation, je travaillerais à réduire mon abonnement électrique progressivement. Pas en restreignant le confort, mais en révisant les usages :
- Passer du chauffage électrique au bois pour les besoins thermiques principaux
- Installer une cuisinière à bois multifonction qui assure chauffage, cuisson et eau chaude sanitaire avec un seul combustible
- Abandonner le frigo et le congélateur (ce que j’ai fait, ce qui m’a permis de passer de triphasé 9 kVA à monophasé 9 kVA, puis 6 kVA)
- Remplacer toutes les ampoules par des LED, et installer des multiprises à interrupteur pour couper toutes les veilles
- Faire tourner les gros consommateurs (machine à laver) uniquement en heures creuses, ou les supprimer si possible
Objectif réaliste : descendre à 3 kVA, ce qui couvre les usages essentiels d’une famille sobre. L’objectif Jancovici à 1 kVA est plus radical et ne convient qu’à un mode de vie très ajusté.
4.3 Solaire thermique avant photovoltaïque
Voici un point crucial que personne ne m’avait expliqué : le solaire thermique (eau chaude) est énergétiquement bien plus rentable que le solaire électrique.
Un panneau solaire thermique, c’est techniquement simple : un serpentin noir dans une caisse vitrée. La fabrication consomme peu d’énergie. L’EROI est nettement positif. Et il couvre 70 à 100 % des besoins en eau chaude sanitaire d’avril à septembre.
J’aurais dû installer du thermique avant le photovoltaïque. C’est l’investissement énergétique le plus intelligent dans une maison rurale, après l’isolation.
4.4 Et seulement là, un kit solaire minimal
Si après tout ça il reste un budget, alors oui, on peut envisager un petit kit photovoltaïque — pas 12 panneaux, mais 2 ou 3 panneaux et une batterie réduite. L’objectif n’est plus l’autonomie, c’est de sécuriser quelques usages critiques en cas de coupure :
- Éclairage LED de base
- Communication (téléphone, radio)
- Frigo si tu en gardes un
- Pompe à eau si tu es en forage
Coût visé : 2 000 à 5 000 €, pas 20 000 €. C’est dix fois moins, et c’est suffisant pour la fonction visée.
Cette approche en cascade, je la détaille plus largement dans le guide pilier sur la résilience énergétique familiale, où tu trouveras un protocole complet adapté selon que tu vis en maison rurale, en pavillon périurbain ou en appartement.
Chaque semaine, une action concrète pour renforcer l’autonomie de ta famille. Rejoins les familles qui avancent vers plus de résilience, sans catastrophisme et sans complexité inutile.
5. Et si la vraie autonomie n’était pas là où on la cherche ?
Pour finir, je voudrais ouvrir la perspective. Parce que se concentrer sur l’autonomie en électricité, c’est en réalité passer à côté de la question principale.
5.1 L’autonomie est multi-dimensionnelle
Quand on parle d’autonomie, on pense spontanément à l’électricité parce que c’est l’objet le plus visible — le câble qui rentre dans la maison, la facture EDF qui tombe tous les mois, le compteur Linky qui clignote.
Mais l’autonomie réelle se joue sur de nombreuses dimensions :
- Eau : où est la mienne, comment je la traite si le réseau tombe ?
- Alimentation : combien de jours puis-je tenir si les supermarchés ferment ?
- Chaleur : ai-je une source de chauffage indépendante du réseau électrique et du gaz ?
- Savoir-faire : est-ce que je sais cultiver, cuisiner sans appareils, réparer, soigner ?
- Lien social : ai-je un réseau de voisins et d’amis qui peuvent m’aider en cas de coup dur ?
- Santé : suis-je dépendant d’un traitement quotidien, d’un système hospitalier proche ?
L’électricité n’est qu’une dimension parmi d’autres. Et investir 20 000 € dans le solaire en négligeant les autres dimensions, c’est construire une maison sur un seul pilier.
5.2 Les peuples qui vivent encore réellement autonomes
Quand je regarde les peuples qu’on appelle “primitifs” — les peuples premiers d’Amazonie, d’Afrique, de Sibérie qui vivent encore en grande partie en harmonie avec leur environnement — je vois des sociétés qui sont structurellement autonomes. Ils mangent ce qu’ils chassent, pêchent ou cultivent. Ils se chauffent au feu de bois. Ils s’habillent avec ce que la nature fournit. Ils n’ont pas besoin de panneaux solaires parce que leur consommation énergétique est ajustée à ce que leur environnement peut produire.
Je n’idéalise pas. Cette vie est dure, courte, parfois violente, dépendante des aléas climatiques. Personne ne souhaite vraiment y revenir intégralement. Mais il y a une leçon : l’autonomie réelle commence par la sobriété, pas par la production.
5.3 L’habitat léger, une piste sérieuse
Une autre piste, plus accessible que le retour à la cueillette mais plus radicale qu’un kit solaire, c’est l’habitat léger : tiny house, yourte, cabane, mobile home aménagé.
Pourquoi ? Parce que l’habitat léger réduit massivement les besoins énergétiques structurels :
- Surface chauffée divisée par 3 ou 4 par rapport à une maison classique
- Volume d’air à réguler beaucoup plus faible
- Isolation plus simple à atteindre (petits volumes, peu de surface de déperdition)
- Mobilier et équipement réduits, donc moins de consommation indirecte
Un habitat léger bien conçu peut se contenter de quelques centaines de watts en continu, et de quelques kWh par jour. Là, oui, un petit kit solaire devient pertinent. Pas pour 200 m² mal isolés.
5.4 La proposition réaliste : décroître doucement
Pour la majorité d’entre nous qui ne sommes ni prêts à vivre dans une yourte ni à rejoindre une communauté autochtone, la proposition la plus réaliste est celle d’une décroissance graduelle et choisie :
- Sobriété volontaire dès aujourd’hui (couper les veilles, fermer les radiateurs des pièces inutiles, baisser le chauffage de 2 °C)
- Investissement progressif dans l’isolation, en commençant par les combles
- Solaire thermique avant photovoltaïque
- Petit kit photovoltaïque pour sécuriser les usages critiques uniquement
- Apprentissage du chauffage bois, de la cuisson au feu, de la conservation sans frigo
- Construction d’un réseau d’entraide local
Cette trajectoire ne te rendra pas “autonome en électricité”. Elle te rendra moins vulnérable, et c’est tout ce qui compte. Cette logique de transition lucide, je l’inscris plus largement dans une préparation à la transition vers plus de résilience que je t’invite à explorer si tu veux pousser la réflexion au-delà du seul sujet énergétique.
Conclusion
Si je résume ces six années de recul, voici ce que j’aurais aimé qu’on me dise avant de signer mon devis :
Premièrement, le récit commercial autour de l’autonomie en électricité est largement un mirage. Les panneaux ne te rendront jamais vraiment autonome, ils ne compenseront probablement jamais leur coût énergétique de fabrication, et leur ROI dépend du prix de l’électricité, pas de ta liberté.
Deuxièmement, le matériel n’est pas le problème — il fonctionne globalement comme prévu. Le problème, c’est le cadrage : on dimensionne sur sa consommation actuelle au lieu de réduire d’abord cette consommation.
Troisièmement, le mental compte plus que le matériel. Tant qu’on n’accepte pas que la transition énergétique réelle suppose de diviser sa consommation par dix et pas par trois, on tourne en rond avec des solutions qui rassurent sans transformer.
Quatrièmement, l’ordre des investissements est : isolation, sobriété structurelle, solaire thermique, et seulement après — éventuellement — un petit kit photovoltaïque pour les usages critiques. Si tu inverses cet ordre, tu refais mon erreur.
Aujourd’hui, quand des personnes me demandent si elles devraient installer du solaire, je leur réponds toujours la même chose : “Avant de regarder un devis, fais l’audit honnête de ta consommation, isole tes combles, et passe une semaine sans électricité pour voir où sont vraiment tes besoins essentiels.”
Si après ça, tu veux toujours du solaire, tu sauras au moins ce que tu fais. Et tu prendras une décision lucide, pas une décision de bobo qui veut se donner bonne conscience.
C’était ma décision il y a six ans. Si cet article peut t’éviter la même, alors mes 12 panneaux n’auront pas été inutiles — ils m’auront servi, à leur manière, à transmettre une leçon.
Pour aller plus loin
- Résilience énergétique familiale : le guide complet — le protocole détaillé selon ton type d’habitat
- Sobriété énergétique en pratique — chiffres clés et leviers concrets pour réduire ta consommation
- Vivre sans électricité pendant une semaine — un exercice pratique pour découvrir tes vrais besoins
- Jean-Marc Jancovici, Le monde sans fin (Dargaud, 2021) — pour comprendre l’EROI, la dépendance énergétique et les ordres de grandeur
- The Shift Project, Plan de Transformation de l’Économie Française — disponible en libre accès, pour aller au fond du sujet
FAQ
Est-ce que vous regrettez vraiment d’avoir installé vos panneaux ?
Je regrette surtout l’ordre dans lequel je l’ai fait, pas l’installation en elle-même. Si j’avais d’abord isolé, réduit ma consommation et installé du solaire thermique, mes 12 panneaux auraient été beaucoup mieux dimensionnés et bien plus pertinents. C’est l’absence de cadrage initial que je regrette, pas le matériel.
Faut-il quand même installer du solaire en 2026 ?
Ça dépend de ton point de départ. Si ton logement est déjà bien isolé, ta consommation déjà sobre et ton chauffage non électrique, alors un petit kit solaire dimensionné aux usages critiques peut avoir du sens. Si tu pars d’une maison passoire avec un chauffage électrique, c’est non — commence par l’isolation, c’est dix fois plus rentable.
Est-ce que c’est vraiment vrai que les panneaux ne compensent jamais leur fabrication ?
C’est un sujet contesté. Les fabricants annoncent des temps de retour énergétique de 1 à 3 ans. Les études indépendantes plus rigoureuses (incluant batteries, transport, fin de vie, recyclage absent) donnent des chiffres beaucoup plus élevés. Disons que c’est un débat technique où il faut se méfier des chiffres trop optimistes des vendeurs comme des chiffres trop pessimistes des opposants. La vérité est probablement quelque part au milieu — mais elle est bien moins favorable que ce qu’on nous présente en showroom.
Pourquoi ne pas se déconnecter complètement du réseau ?
Parce que c’est techniquement très difficile et économiquement absurde. Pour être réellement off-grid, il te faut surdimensionner massivement panneaux et batteries pour gérer les semaines sans soleil de l’hiver. Coût : 50 000 à 100 000 €, et batteries à remplacer tous les 10-15 ans. La grande majorité des installations off-grid finissent par recâbler le réseau ou ajouter un groupe électrogène à essence — ce qui, ironiquement, anéantit tout l’argument écologique.
Quelle est la première chose à faire si on veut vraiment réduire sa dépendance énergétique ?
Coupe le disjoncteur principal pendant 24 heures, en hiver, avec ta famille. Tu vas découvrir en une journée tes vrais besoins essentiels, tes failles, et tes priorités. C’est l’exercice le plus formateur qui existe, et il ne coûte rien. C’est par là que j’aurais dû commencer en 2020.







