La première fois, j’ai fait deux litres de bouillon d’os. Consommés en quatre jours. Aujourd’hui je n’en produis plus jamais moins de dix litres — et ma dernière tournée en a donné vingt-quatre, transformés en vingt-sept bocaux qui tiennent un an en cave. Voici la méthode complète, avec les chiffres réels, les températures exactes, et ce que j’ai mis trois ans à comprendre.
Ce que tu vas apprendre :
- Pourquoi la température compte plus que la durée de cuisson — et pourquoi presque toutes les recettes se trompent là-dessus
- Comment choisir tes os, et pourquoi le porc est le grand sous-estimé du bouillon d’os
- La méthode débutant (une carcasse, cinq litres, une nuit) et le passage à l’échelle (24 litres, bilan matière complet)
- Comment concentrer ton bouillon pour le garder un an en cave — et ce que ça coûte vraiment au bocal
Sommaire
Bouillon d’os maison — recette de base
Un bouillon concentré en collagène, produit en grande quantité à partir d'os d'élevage extensif. Base culinaire polyvalente pour soupes, sauces et plats mijotés, conservable en bocaux ou au congélateur.

Ingrédients
- 4 kg d'os riches en collagène (pieds de bœuf, carcasses de poulet, jarrets, pattes de poulet)
- 4,5 litres d'eau froide
- 2 carottes (optionnel, dernières 4h)
- 2 branches de céleri (optionnel, dernières 4h)
- 3 feuilles de laurier (optionnel, dernières 4h)
- 4 brins de thym (optionnel, dernières 4h)
Préparation
- Placer les os dans la marmite, couvrir d'eau froide et porter à ébullition vive 5 minutes pour faire remonter les impuretés.
- Vider l'eau, rincer chaque os sous le robinet pour éliminer les dernières particules.
- Remettre les os dans la marmite, couvrir avec l'eau froide et porter à frémissement.
- Maintenir un léger bouillonnement régulier : 12 à 18h pour la volaille, 18 à 24h pour le bœuf, 16 à 20h pour le porc, 6 à 8h pour le poisson.
- Ajouter les aromates (carottes, céleri, laurier, thym) dans les 4 dernières heures seulement si bouillon aromatisé souhaité. Ne pas saler.
- Retirer les gros os à la main, transférer en chambre froide ou réfrigérateur jusqu'à refroidissement complet.
- Retirer la couche de graisse figée en surface à la cuillère. Ne pas gratter le fond.
- Passer le bouillon à travers une passoire fine sans toucher le fond de la marmite.
- Verser un peu de bouillon dans un bol, placer 30 minutes au réfrigérateur : il doit gélifier complètement comme une panna cotta.
- Répartir le bouillon chaud dans des bocaux stérilisés ou des contenants de congélation. Étiqueter avec la date et l'animal.
Si tu tapes « recette bouillon d’os » sur Google, tu vas tomber dix fois sur la même chose : deux litres d’eau, une carcasse de poulet, deux carottes, une branche de céleri, un filet de vinaigre de cidre. Douze heures de cuisson. Et puis quoi ? Tu le manges dans la semaine, et tu recommences.
C’est exactement ce que j’ai fait au début. Et c’est exactement pour ça que j’ai arrêté pendant six mois : le rapport entre l’effort et le résultat ne tenait pas debout.
Ce qui a tout changé, c’est de comprendre une chose simple : le bouillon d’os demande du temps de cuisson, pas de l’attention. Que tu fasses mijoter deux kilos d’os ou vingt, tu allumes le feu une fois, tu le surveilles à peine, tu l’éteins une fois. L’effort est presque identique. Le résultat, lui, est proportionnel.
À partir de là, le bouillon d’os cesse d’être une recette pour devenir une production. Et une production, ça change de nature : ça se planifie, ça se pèse, ça se conserve, ça se compte. C’est ce que je fais depuis trois ans, et c’est ce que je vais te montrer ici — y compris avec les chiffres exacts de ma dernière tournée, celle du 22 avril 2026.
Tu vas trouver deux niveaux dans cet article. Le premier, c’est ta première production : une carcasse, cinq litres, une nuit, zéro matériel spécial. Le second, c’est le passage à l’échelle. Commence par le premier. Le second t’attendra.
1. Choisir ses os : là se joue 80 % du résultat
Si tu veux le détail de cette phase — la réduction, les bocaux, la cave, et le calcul complet qui aboutit au coût réel du pot —, j’ai consacré un article entier au bouillon d’os concentré maison : 1,14 € le pot, sans frigo, 12 mois en cave.
1.1 Le collagène, et le test de la panna cotta
Ce que tu cherches dans un os, ce n’est pas la viande. C’est le collagène — une protéine structurelle qui se loge dans les articulations, les cartilages et les tendons. Pendant la cuisson longue, il se défait et se transforme en gélatine, qui passe dans l’eau.
Il y a un test infaillible, et il ne coûte rien : mets un bol de ton bouillon au frigo. S’il gélifie complètement, au point de trembler comme une panna cotta quand tu le sors, c’est gagné. S’il reste liquide, il manquait d’os articulaires dans ta marmite. Ce n’est pas raté — c’est juste moins concentré.
La première fois que ça m’est arrivé, j’ai cru avoir fait une bêtise. J’ai ouvert un bocal sorti du frigo et j’ai trouvé un bloc de gelée ferme au lieu d’un liquide. C’était l’inverse : c’était réussi.
1.2 Les os riches en collagène, classés
Tous les os ne se valent pas. Voici le classement, par ordre d’efficacité réelle :
- Pieds de bœuf ou de veau : champions absolus. Le nombre d’articulations dans un seul pied est impressionnant.
- Pieds de porc : bouillon très gélatineux, idéal pour les terrines et les sauces qui ont besoin de corps.
- Pattes de poulet : sous-estimées, souvent gratuites chez un éleveur. J’en ajoute systématiquement à mes carcasses quand j’en trouve.
- Queue de bœuf : excellente, pour le collagène comme pour le goût.
- Jarrets (bœuf ou porc) : très bons résultats, faciles à trouver en boucherie.
Les os à moelle — fémur, tibia — apportent peu de collagène mais beaucoup de gras et de goût. Je les mélange souvent avec des pieds : la texture vient des pieds, la saveur vient de la moelle.
1.3 Bœuf, poulet ou porc : le classement réel
Le poulet est le premier réflexe du débutant, et c’est très bien : accessible, rapide, doux en goût. Mais il est naturellement le moins concentré en collagène — une carcasse seule donne un bouillon correct, rarement gélifié. Ajoute des ailes et des cous, bien plus faciles à trouver que les pattes, et tu changes de catégorie.
Le bœuf a la réputation. Son goût est profond, charpenté — irremplaçable dans un fond de sauce ou un plat mijoté d’hiver. Mais attention : les os à moelle seuls ne suffisent pas. Ce sont les pieds, les jarrets et les queues qui font le travail.
Le porc, lui, est le grand oublié de cette conversation. Et dans ma pratique, le classement en collagène est sans ambiguïté : porc > bœuf > poulet, à condition d’utiliser les pièces riches dans les trois cas. Un bouillon de pieds de porc qui sort du frigo en bloc de gelée ferme, c’est le résultat le plus constant que je connaisse.
1.4 La traçabilité : pourquoi le porc s’impose quand on travaille en bio
Ce point est rarement abordé, et il est pourtant décisif si tu tiens à savoir ce que tu manges.
Dans la filière bovine française, les carcasses sont découpées en lots standardisés à l’abattoir : quartier avant, quartier arrière, et les extrémités à part. Les pieds et les têtes partent dans des filières spécifiques — souvent l’industrie de la gélatine — et ne reviennent pas forcément chez le petit éleveur.
Concrètement : ton éleveur de veau bio peut te fournir des os de côtes ou de jarret sans problème. Mais s’il te dit que les pieds ne sont « peut-être pas ceux de ses bêtes », il ne se dérobe pas — il est honnête. À l’abattoir, les pieds de plusieurs animaux sont mélangés avant redistribution. La traçabilité individuelle est rompue.
La filière porcine fonctionne autrement. Le porc arrive entier chez le boucher-charcutier, il est découpé sur place, chaque pièce reste identifiable. Si tu achètes des pieds de porc chez un éleveur bio qui abat localement, tu peux être certain que ce sont bien les pieds de ses bêtes.
Pour qui veut du bouillon d’os vraiment propre, cette différence est fondamentale. Les os concentrent ce que l’animal a ingéré toute sa vie. C’est aussi pour ça que je ne transige pas sur la provenance — j’en parle en détail dans l’article sur les dangers réels du bouillon d’os.
1.5 Le ratio os / eau
Je vise environ 1 kilo d’os par litre d’eau. Ce n’est pas de la haute précision, mais retiens le seuil : en dessous de 500 g d’os par litre, tu obtiens quelque chose qui ressemble plus à un bouillon de légumes qu’à un vrai bouillon d’os.
2. Ta première production : 5 litres, une carcasse, une nuit
2.1 Le matériel : rien de spécial
Une marmite. Une passoire fine. C’est tout. Pas d’autoclave, pas de déshydrateur, pas de chambre froide. Si tu as une cocotte de 8 litres et un congélateur, tu peux commencer ce week-end.
Un seul achat que je te conseille vraiment : une sonde de cuisson, autour de 15 €. Tu vas comprendre pourquoi dans deux paragraphes.
2.2 Les quatre étapes
Étape 1 — Le blanchiment. Mets tes os dans la marmite, couvre d’eau froide, porte à ébullition et laisse 10 minutes. Le but n’est pas de cuire : c’est de faire remonter le sang résiduel et les impuretés qui donneraient un goût fort et une couleur sale.
Puis jette cette première eau. Beaucoup de recettes te disent d’écumer patiemment ; sur de gros volumes, c’est une perte de temps. Rince les os sous le jet, remets-les dans la marmite propre avec de l’eau froide.
Le truc que j’aurais aimé qu’on me dise : fais ce blanchiment dans une petite marmite, en plusieurs fois. J’ai perdu des heures à manipuler une marmite de 50 litres pleine à ras bord pour cette étape idiote.
Étape 2 — La cuisson longue, et surtout : la bonne température. C’est ici que se joue le vrai savoir-faire, et c’est ici que presque toutes les recettes se trompent.
Elles te disent « porte à frémissement ». Le frémissement, c’est autour de 95 °C. Moi je cuis entre 82 et 88 °C, et je ne monte jamais plus haut.
Pourquoi ? Parce qu’au-delà, l’agitation du liquide émulsionne la graisse dans le bouillon. Le résultat est trouble, laiteux — c’est exactement le principe du tonkotsu japonais, où c’est recherché. Ici, c’est un problème : tu ne peux plus dégraisser proprement, et surtout, cette graisse émulsionnée perturbe la montée en température dans le bocal si tu veux stériliser. Elle transforme un geste sûr en pari.
À 82-88 °C, l’eau ne bouge presque pas. Le collagène s’extrait tranquillement, le gras reste en surface, et tu pourras le retirer d’un seul geste. C’est là que la sonde à 15 € devient le meilleur investissement de ta cuisine.
Combien de temps ? Ça dépend de l’animal :
- Volaille : 10 heures. Au-delà, je n’ai jamais constaté que le bouillon devenait plus concentré. C’est du gaz jeté par la fenêtre.
- Bœuf et porc : une vingtaine d’heures.
- Poisson : 6 à 8 heures, pas plus — le goût vire à l’amer.
Je cuis mon bouillon nu : pas de sel, pas d’aromate. C’est ce qui en fait une base universelle. Si tu veux l’aromatiser, ajoute les légumes dans les 4 dernières heures seulement — sinon ils se délitent complètement.
Étape 3 — Le repos à froid et le dégraissage. Retire les gros os à la main, puis mets toute la marmite au froid pendant une nuit (8 heures chez moi, en chambre froide ; ton réfrigérateur fera l’affaire sur de petits volumes).
Le froid fait deux choses précieuses : les particules fines tombent au fond, et la graisse remonte et fige en une plaque. Tu la retires à la cuillère, d’un bloc. Blanche pour le bœuf, jaune pour la volaille. Chez moi, elle repart dans les terrines. Rien ne se perd.
Étape 4 — La filtration. Passe le bouillon au chinois doublé d’une étamine, sans jamais gratter le fond de la marmite : tu remettrais en suspension tout ce que la nuit a fait tomber. J’ai détaillé cette étape, qui a l’air anodine et ne l’est pas, dans le guide sur filtrer et clarifier son bouillon d’os.
2.3 Ce que ça coûte
Le vrai poste de dépense, ce n’est pas les os — souvent donnés, parfois vendus quelques euros le kilo. C’est l’énergie. Et c’est précisément pour ça que produire en volume change tout : le coût de cuisson se mutualise sur une seule marmite.
Voici les ordres de grandeur, prix courants constatés :
| Ce que tu achètes | Prix des os | Bouillon obtenu | Coût des os au litre |
|---|---|---|---|
| Carcasses de poulet (éleveur, voisin, tes restes) | 0 € | 2 à 3 L | ~0 € |
| 2 pieds de porc bio (éleveur) | 3 à 5 € | 3 à 4 L + la chair d’une terrine | ~1 €/L |
| 10 kg d’os de bœuf (éleveur local) | 0 à 15 € | 8 à 10 L | 0 à 1,50 €/L |
| 10 kg d’os de bœuf (boucherie artisanale) | 20 à 40 € | 8 à 10 L | 2 à 4 €/L |
| Bouillon d’os bio du commerce | — | — | 8 à 15 €/L |
Même en achetant tes os au prix fort en boucherie, tu restes trois à cinq fois en dessous du prix du commerce. Et le bocal du commerce, lui, ne te laisse pas de chair pour une terrine.
3. Le passage à l’échelle : ma tournée du 22 avril 2026
Voici, sans rien arrondir, ce qu’a donné ma dernière grosse production. Les chiffres viennent de ma fiche de transformation, pesée sur le moment.
3.1 La matière première
Une commande chez un éleveur de veau de l’Aveyron, l’EARL du Bouis :
| Pièce | Poids |
|---|---|
| 1 tête de veau | 1,378 kg |
| 4 pieds de veau | 7,316 kg |
| Os (fémurs, jarrets) | 15,6 kg |
| Total | ~24,3 kg |
Coût total : 48,69 €. Traçabilité complète : abattoir FR 12-300-010 CE, découpe FR 12-300-008 CE.
Note bien la proportion : plus d’un tiers du poids est en pieds et en tête. Ce n’est pas un hasard, c’est tout le sujet. C’est là qu’est le collagène.
3.2 Le flambage des pieds
Après le blanchiment, un geste que tu ne trouveras dans aucune recette de blog : je passe rapidement les pieds au chalumeau de cuisine. Un aller-retour, quelques secondes par pied — juste de quoi supprimer les poils résiduels. Sans ça, le bouillon garde un petit goût de suif qu’on n’arrive jamais vraiment à identifier.
3.3 La cuisson
12 heures entre 82 et 88 °C. La tête et les pieds de veau viennent d’un animal jeune : les os sont tendres, le collagène part vite. Sur du bœuf adulte, j’aurais laissé le double.
3.4 Le bilan matière complet
C’est ce tableau que personne ne publie. Sur les ~24,3 kg entrés :
| Sortie | Quantité | Destination |
|---|---|---|
| Bouillon filtré | ~24 litres | Phase 2 (concentration) |
| Chair récupérée | 5,2 kg | Terrines + concentré |
| Graisse écumée | 1,78 kg | Cuisine, terrines |
| Os épuisés | 12,3 kg | Compost |
Vingt-quatre litres de bouillon. Et 5,2 kg de chair encore accrochée aux pieds et à la tête après douze heures de cuisson — une chair gélatineuse, fondante, qu’on jette dans quatre-vingt-dix-neuf cuisines sur cent.
Chez moi, elle est devenue 6 paquets de 700 g de terrine de pied et tête de veau, à 3,94 € le kilo. Le reste, environ 1 kg, est retourné dans le bouillon concentré.
C’est ça, le vrai bilan économique du bouillon d’os : il ne devient vraiment rentable que quand tu manges tout. Le bouillon seul est déjà intéressant. La valorisation complète le fait basculer dans une autre catégorie.
4. Concentrer et conserver : 27 bocaux qui tiennent un an
Vingt-quatre litres de bouillon, c’est magnifique. C’est aussi vingt-quatre litres à caser quelque part. Un congélateur familial n’y survit pas.
D’où la deuxième phase, celle qui a vraiment transformé ma pratique.
4.1 La réduction
Je remets le bouillon filtré dans la marmite, à découvert, et je le laisse réduire d’un facteur 3 — soit 2 à 3 heures. L’eau part, le reste se concentre. Vingt-quatre litres deviennent un peu plus de huit kilos.
4.2 La stérilisation
Le concentré part en bocaux de 160 g, puis à l’autoclave : Presto, 15 PSI, 121 °C, 25 minutes.
Sois honnête avec toi-même sur ce point : 121 °C n’est pas atteignable avec un stérilisateur classique à 100 °C. Le bouillon d’os est un aliment peu acide, donc à risque botulique. Sans autoclave, ne joue pas à ça — passe par la congélation, c’est parfaitement valable et sans danger. J’ai comparé les deux méthodes en détail dans congeler ou stériliser son bouillon maison.
4.3 Le résultat, chiffré
Sur cette tournée, la phase 2 a donné 8,22 kg de concentré :
- 27 bocaux de 160 g stérilisés → cave, DLC avril 2027
- 3,9 kg → congélateur
Un bocal de 160 g, dilué au cinquième, redonne environ 800 ml de bouillon prêt à l’emploi. Les 27 bocaux représentent donc l’équivalent de 41 litres de bouillon standard, qui tiennent un an sans électricité.
Et le coût ? Je te donne les deux chiffrages, parce que la différence est instructive :
| Chiffrage | Coût du bocal de 160 g |
|---|---|
| Matière première seule (32,14 € imputés au bouillon ÷ 8,22 kg) | 0,63 € |
| Coût complet (matière + énergie + contenants) | 1,14 € |
Retiens 1,14 € le bocal. C’est le chiffre honnête, celui qui inclut ce que la plupart des calculs oublient. Le bouillon d’os bio du commerce, lui, se vend entre 8 et 15 € le litre.
4.4 Ce qu’il y a vraiment dedans
Comme je n’aime pas les affirmations vagues du type « riche en collagène », j’ai voulu mesurer.
J’ai prélevé deux coupelles identiques de concentré, je les ai mises au déshydrateur à 50-55 °C pendant 24 heures, et j’ai pesé ce qui restait au fond.
Résultat : 10,5 g de matière sèche pour 100 g de concentré. Soit, en appliquant le facteur de conversion usuel sur un bouillon dégraissé, environ 37 kcal pour 100 g.
Si on ramène ça au bouillon non réduit — la réduction étant d’un facteur 3 — on tombe autour de 3,5 g de matière sèche pour 100 g. C’est peu en apparence. Mais cette matière sèche est presque entièrement de la gélatine et des minéraux : c’est exactement ce qu’on est venu chercher.
5. Utiliser son bouillon au quotidien
Avoir du bouillon en stock ne sert à rien si tu ne l’intègres pas dans ta cuisine. Voici mes six usages, par ordre de fréquence.
En base de soupe. Un bocal réchauffé, quelques légumes de saison : une soupe maison en quinze minutes, avec une profondeur qu’aucun cube ne peut approcher.
Pour cuire les céréales. Remplace l’eau par du bouillon pour le riz, l’orge ou le quinoa. Les céréales l’absorbent et deviennent un plat à part entière.
Pour déglacer. Une louche dans la poêle encore chaude après une viande saisie. Deux minutes, une sauce.
En base de plats mijotés. Ragoûts, pot-au-feu, osso-buco. Il remplace n’importe quel fond de veau du commerce, sans additif ni exhausteur.
Bu tel quel. En hiver, un bocal réchauffé le matin. C’est une habitude que j’ai prise et que je ne lâcherai pas. Si le sujet des bienfaits sur les articulations t’intéresse, j’y ai consacré un article — sans promesse miracle.
Pour les enfants. S’ils font la grimace devant le bouillon nature, ajoute une carotte et une patate douce dans les dernières heures de cuisson. La légère sucrosité change tout. Chez moi, c’est devenu le réflexe des hivers à nez qui coule.
5.1 Ma routine saisonnière
Je ne produis pas au fil de l’eau. Je produis en deux sessions :
- Octobre-novembre : deux productions de 15 à 20 litres. C’est la période des abattages de fin de saison, la matière première est là. Objectif : le stock de l’hiver.
- Janvier : une production d’appoint de 10 litres si le stock d’automne file plus vite que prévu — ce qui arrive souvent en pleine saison de soupe.
- Printemps-été : rien. On finit les bocaux.
Deux jours de travail dans l’année. Du bouillon toute l’année. C’est exactement l’esprit des réserves alimentaires familiales que je défends sur Pleine Terre.
Le bouillon maison, c’est la base de la cuisine résiliente. Reçois la fiche méthode : comment préparer, stériliser et conserver 10 litres de bouillon d’os ou de poulet pour tenir des semaines.
Conclusion
Le bouillon d’os n’est pas une recette compliquée. C’est même l’une des préparations les plus simples de l’autonomie alimentaire : de l’os, de l’eau, du temps.
Mais il y a trois choses qui séparent un bouillon décevant d’un bouillon remarquable, et aucune n’est celle qu’on croit. La qualité des os — pieds, jarrets, articulations, pas des os à moelle tout seuls. La température — 82 à 88 °C, jamais l’ébullition, parce qu’un bouillon émulsionné est un bouillon qu’on ne rattrape pas. Et le volume — parce que le même effort en donne cinq fois plus.
Si tu débutes, ne vise pas mes vingt-quatre litres. Prends une carcasse de poulet, une marmite, une sonde à 15 €, dix heures de cuisson, et congèle. C’est déjà la moitié du chemin, et ça ne coûte presque rien.
Le reste — l’autoclave, la réduction, les vingt-sept bocaux alignés dans la cave — c’est une affaire de curiosité et de patience. J’y suis venu progressivement, en pesant, en notant, en me trompant. Mes premiers deux litres consommés en quatre jours ne sont pas un souvenir honteux : c’était le premier pas.
Questions fréquentes
Peut-on faire du bouillon d’os avec des os déjà cuits ?
Oui — un poulet rôti du dimanche ou des os d’un pot-au-feu font parfaitement l’affaire. Le résultat sera un peu moins concentré en collagène qu’avec des os crus, mais le bouillon reste bon et nutritif. C’est une excellente façon de ne rien gaspiller.
Faut-il ajouter du vinaigre dans le bouillon ?
Certaines recettes recommandent un filet de vinaigre de cidre en début de cuisson pour favoriser l’extraction des minéraux. Les données scientifiques sur ce point sont peu concluantes. Personnellement, je n’en mets pas — je préfère un bouillon neutre sans acidité ajoutée.
Mon bouillon est très foncé, est-ce normal ?
Une couleur foncée indique généralement que les os n’ont pas été suffisamment nettoyés lors de la première ébullition. Ce n’est pas dangereux — le bouillon reste consommable — mais le goût sera plus fort et moins fin.
Comment savoir si un bocal stérilisé est encore bon ?
Quatre vérifications avant d’ouvrir : le couvercle doit être toujours hermétique (aucun rebond à la pression du doigt), pas de bombement visible, le petit “pop” caractéristique à l’ouverture, et une odeur normale. Si l’un de ces signaux manque, jetez sans goûter.
Combien de fois peut-on réutiliser les mêmes os ?
Une seule cuisson longue suffit à extraire l’essentiel du collagène et des minéraux. Un second bouillon avec les mêmes os sera très nettement moins concentré. Je ne le fais pas.
Peut-on faire son bouillon d’os à la cocotte-minute ?
Oui, c’est tout à fait possible — et le gain de temps est réel : comptez 2 à 3 heures sous pression contre 12 à 24 heures en mijotage classique. La pression favorise même une extraction rapide du collagène.
Il y a cependant un effet indésirable à connaître : la pression et l’agitation mécanique de la cocotte-minute provoquent une émulsification des graisses dans le bouillon — exactement comme dans un tonkotsu japonais. Le résultat est trouble, laiteux, et difficile à dégraisser proprement.
Pour une consommation immédiate, ce n’est pas un problème. En revanche, **si vous souhaitez conserver votre bouillon en bocaux stérilisés, cette méthode est déconseillée** : la graisse émulsionnée perturbe la montée en température homogène dans le bocal et compromet la sécurité de la stérilisation.
Ma recommandation : réservez la cocotte-minute pour un bouillon à boire dans la semaine. Pour la conservation longue durée, le mijotage lent reste la méthode de référence.







2 commentaires
schiffenbauer patricia
je viens de découvrir cette recette que je trouve d’emblée utile et de ce fait, j’ai jeté tous les os cuits que je gardai en vue d’en faire ce fameux bouillon d’os….
Merci pour tous ces conseils que je vais suivre et transmettre ….
je vous enverrai des commentaires après avoir réalisé le bouillon…
Le jardineur
Merci Patricia pour ce commentaire ! Ne vous inquiétez pas pour les os cuits jetés — en réalité, vous pouvez tout à fait utiliser des os déjà cuits pour faire un bouillon d’os. Le résultat sera un peu moins riche en collagène qu’avec des os crus, mais ça reste très bon et nutritif. Gardez-les la prochaine fois ! La prochaine étape, c’est de trouver des os de qualité — bio ou élevage extensif — et de vous lancer. J’attends votre retour avec impatience !