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Pleine Terre
Illustration de trois poires, jaune, rouge et verte, posées sur une carte crème bordée de vert, devant une demi-poire coupée qui montre ses pépins, sur un fond ocre.
Fiche arbre fruitier

Poirier

Choisir son poirier selon le porte-greffe et la pollinisation, savoir quel gel détruit ses fleurs, le tailler et garder ses poires d'hiver au fruitier.

Froid d'hiver nécessaire 719 à 1 600 h
Gel en pleine fleur, premiers dégâts −2,2 °C
Se pollinise seul Selon la variété
Durée de vie 200 ans

Quelle forme d'arbre

FormePorte-greffeTroncHauteur adulteEspacementPremiers fruitsRécolte par arbre
Haute-tigefranc1,8 à 2 mjusqu'à 15 m10 à 15 menviron 10 ans200 à 300 kg
C'est l'arbre du pré-verger, qui peut vivre jusqu'à 200 ans. Le rendement est celui qu'attend le FiBL d'un poirier adulte en pleine production dans un verger professionnel suisse (250 kg en moyenne) ; aucune source française lue directement ne donne de chiffre. Il faut compter une dizaine d'années avant les premières poires en forme libre selon la SNHF, et Agroscope dit le franc tardif à entrer en production ; les 5 à 6 ans des Croqueurs de pommes valent pour toutes les espèces confondues.
Demi-tige sur cognassiercognassier A (BA29, Sydo ou EMA)1,2 à 1,8 m3 à 4,5 m5 à 10 m5 à 6 ans—
Le tronc, l'espacement et l'entrée en production sont ceux que les Croqueurs de pommes donnent pour un demi-tige, toutes espèces confondues, et la hauteur est celle que la RHS attend sur cognassier A (3 à 6 m dans un autre de ses documents). Agroscope classe l'entrée en production du BA29 et d'EMA comme moyenne, et rappelle que beaucoup de variétés s'accordent mal avec le cognassier.
Fuseau (petite forme)cognassier faible (C, Eline ou EMC)0,3 m2,5 à 3 m3 à 5 m1 à 2 ans—
La hauteur est celle de la RHS pour les cognassiers C et Eline ; le fuseau est, parmi les formes des Croqueurs, celle qu'ils réservent au poirier seul. L'EMC demande un palissage obligatoire, un sol frais et non calcaire et un climat doux (GRAB), et Eline supporterait des températures inférieures à −25 °C (Agroscope).
Colonnenon précisé par la source0,3 m—1 m1 ans—
Les Croqueurs citent le poirier et le prunier pour cette forme et annoncent une première récolte après un an. Pour la mini-tige, qu'ils citent aussi pour le poirier, ils écrivent que le manque d'eau et d'engrais y est rédhibitoire.
U double (palissé)non précisé par la source0,3 m——2 ans—
Les Croqueurs parlent d'une mise en fruit rapide, en deux ans. Les poiriers palissés se taillent à la fin de l'été (RHS), avec une taille courte à 3 ou 4 yeux sur les rameaux latéraux selon la SNHF.

Le climat qu'il lui faut

Le froid d'hiver : pour fleurir normalement, l'arbre a besoin de 719 à 1 600 heures sous 7 °C pendant son repos, selon la variété. Un hiver trop doux retarde et étale la floraison.

Le gel de printemps : plus le bourgeon est avancé, moins il supporte le froid. Le tableau donne, stade par stade, la température qui détruit une fleur sur dix, puis neuf sur dix.

Stade10 % de pertes90 % de pertes
Bourgeon gonflé (écartement des écailles)−9,4 °C−17,8 °C
Éclatement du bourgeon (boutons à fleurs visibles)−6,7 °C−14,4 °C
Bouquet serré (boutons groupés)−4,4 °C−9,4 °C
Bouton blanc (début blanc)−3,9 °C−7,2 °C
Plein blanc (avant ouverture)−3,3 °C−5,6 °C
Première fleur−2,8 °C−5,0 °C
Pleine fleur−2,2 °C−4,4 °C
Un poirier peut encore donner une pleine récolte quand 10 à 15 % de ses bourgeons survivent.
Chute des pétales (jeunes fruits)−2,2 °C−4,4 °C
Ces seuils valent pour 30 minutes d'exposition, d'après la table de la Washington State University reprise par l'Utah State University.

Chaleur et sécheresse : Parmi les porte-greffes, les cognassiers sont les plus exposés : EMA est donné très sensible aux températures élevées et sensible à la sécheresse, le BA29 sensible mais moins, alors que le franc, Farold et Pyriam tolèrent mieux la sécheresse. Aucun seuil de coup de soleil sur le fruit du poirier n'a été lu, les 46 et 52 °C connus valant pour la pomme.

Le sol : Le poirier demande un sol profond et perméable, au pH de 6,5 à 6,7 selon la SNHF ; il supporte mieux que le pommier les sols temporairement détrempés (FiBL), mais il dépérit vite en sol calcaire et humide, et les cognassiers y font de la chlorose ferrique (limite critique de 8 % de calcaire actif d'après le Ctifl cité par Agroscope). Les sources divergent sur l'argile : la SNHF le voit volontiers en terre argileuse, fraîche mais perméable, les Croqueurs de pommes disent qu'il redoute les sols trop argileux, sauf greffé sur franc.

L'exposition : Le poirier donne le mieux dans un site chaud, ensoleillé et abrité, protégé des gelées tardives (RHS) ; la SNHF écrit simplement « ensoleillée ». Le CRA-W conseille de planter contre un mur au sud ou au sud-est les variétés trop sensibles à la tavelure.

Choisir son arbre

Le porte-greffe décide de la taille de l'arbre, de l'âge de ses premiers fruits et de sa tenue à la sécheresse. La vigueur se compte en pourcentage d'un arbre greffé sur franc.

Porte-greffeVigueurSécheresseSol
francTrès forteIl supporte la sécheresse bien mieux que les cognassiers.Il demande un sol profond et perméable, tolère bien les sols argileux et beaucoup mieux le calcaire que les cognassiers.
Il donne le haute-tige, au très bon ancrage mais à l'entrée en production tardive. Le greffage sur franc n'est pas une garantie contre le dépérissement du poirier.
BA29Moyenne à forte (7 sur 9)Sensible, mais plus tolérant qu'EMA.C'est le cognassier le plus tolérant au calcaire et le plus adapté aux sols secs et aux climats chauds, mais il reste sensible à la chlorose.
C'est le cognassier le plus compatible, au bon ancrage, qui peut se passer de palissage. La Comice y a une très bonne affinité, alors que Williams y est risqué dans le sud de la France.
SydoMoyenne (6 sur 9)Sensible, sans différence notoire avec EMA.Il préfère un sol frais et non calcaire ; sa sensibilité à la chlorose est intermédiaire entre celle du BA29 et celle des types plus faibles.
Le GRAB conseille de préférer le Sydo à EMA, et Agroscope le dit préféré à EMA en France et en Italie ; le palissage est conseillé.
Adams 332Moyenne à faible (5 sur 9)Sensible.Il fait partie des cognassiers les plus sensibles à la chlorose ferrique en sol calcaire.
Il est assez sensible aux broussins et au drageonnement, et le palissage est conseillé.
EMC (type C)Faible (4 sur 9)À éviter en sol sec et en climat chaud (GRAB).Il est à réserver aux sols frais et non calcaires, sous un climat doux, et il est parmi les plus sensibles à la chlorose.
Le palissage est obligatoire. Il entre très tôt en production, mais Agroscope le dit particulièrement sensible au froid d'hiver.
ElineFaible (2,5 à 3 m, comme le type C)—Aucune source lue ne précise ses exigences de sol.
Il supporterait des températures inférieures à −25 °C, alors que le seuil critique des autres cognassiers serait de −16 à −21 °C. Il s'accorde bien avec Conférence et Comice, réduit le roussissement de Conférence, mais reste sensible au feu bactérien.
Farold 87 (OHF 87)Forte (10 à 20 % de plus que le BA29)Plus tolérant que les cognassiers, mais moins tolérant à l'asphyxie.Les sélections clonales de poirier se sont toutes montrées très tolérantes au calcaire dans les essais d'Agroscope.
Il est très tolérant au feu bactérien et s'accorde nettement mieux que les cognassiers avec les variétés difficiles. Il se multiplie in vitro ou par bouture, avec un enracinement plus traçant que celui du franc de semis.
Pyriam (OH 11)Forte (similaire ou un peu supérieure au BA29)Plus tolérant que les cognassiers, mais moins tolérant à l'asphyxie.Comme les autres clones de poirier, il est très tolérant au calcaire dans les essais d'Agroscope.
Il est très tolérant au feu bactérien et s'accorde bien avec les variétés difficiles, mais son enracinement peu ramifié rend la reprise délicate : il faut soigner le sol et l'installation. Pyrodwarf, de la même famille, est déconseillé par Agroscope.

La pollinisation : Le poirier a presque toujours besoin du pollen d'une autre variété qui fleurit en même temps : du même groupe de floraison ou d'un groupe voisin, sur une échelle de 1 (très précoce) à 7 (très tardif), avec un bon pollen d'un côté au moins. Pour les groupes 3, 4 et 5, des poiriers à moins de 100 m suffisent le plus souvent (la RHS conseille même moins de 18 m pour une pollinisation vraiment efficace), alors que pour les groupes 1-2 et 6-7 on plante un pollinisateur précis. Quelques variétés, comme Conférence, sont parthénocarpiques et donnent des fruits sans fécondation, et une variété triploïde demande deux autres arbres.

À l'achat : Les arbres en racines nues ne se plantent qu'au repos, en hiver, et ceux en conteneur toute l'année. On demande le porte-greffe et la variété, car Williams, Conférence, Guyot et Abbé Fetel s'accordent mal avec le cognassier et réclament un intermédiaire de greffe (Beurré Hardy, Curé) qui coûte une année d'élevage de plus à la pépinière, et l'on choisit un plant certifié, le double étiquetage français garantissant la provenance et l'état sanitaire.

Les variétés

Bon Chrétien Williams

Ancienne · floraison mi-saison · groupe 4 · pollen bon

Le CRA-W situe sa consommation de la fin d'août à septembre, la RHS sa récolte à la mi-septembre.

Elle blettit vite si les conditions d'entreposage ne sont pas surveillées.

Poire de dessert, aussi destinée à l'industrie.

Le GRAB la dit sensible au psylle, à la tavelure et au blettissement, avec une affinité mauvaise avec le cognassier ; Agroscope juge cette affinité moyenne à médiocre et Williams sur BA29 risqué dans le sud de la France. Le CRA-W la note partiellement autofertile.

Conférence

Ancienne · floraison mi-saison · groupe 4 · pollen bon

Résistance : tavelure (faible sensibilité)

Le CRA-W situe sa consommation de la mi-septembre à novembre, la RHS sa récolte en octobre et novembre.

Le GRAB lui reconnaît une longue conservation, et la RHS la recommande pour la garde au fruitier.

Poire de dessert, très productive.

Elle peut fructifier sans fécondation d'après la RHS et le CRA-W, mais le GRAB la dit sensible à Pseudomonas syringae et au folletage, avec Stemphylium à surveiller, et il faut surveiller le calibre. Agroscope juge son affinité avec les cognassiers moyenne à médiocre, et bonne avec Eline.

Doyenné du Comice

Ancienne · floraison tardive · groupe 6 · pollen bon

Le CRA-W situe sa consommation d'octobre à novembre, la RHS sa récolte de la fin octobre à novembre.

Elle demande 4 à 8 semaines de froid avant de mûrir, et la RHS la recommande pour la garde au fruitier.

Poire de dessert, référence en qualité gustative selon le GRAB.

Sa floraison tardive (groupe 6 à 7) est le trait qu'une étude propose d'exploiter dans les régions aux gelées de printemps fréquentes ; aucune mesure propre à la Comice n'a été lue.

Le GRAB la dit vigoureuse, difficile à mener, sensible à l'alternance, au psylle, au soufre et au cuivre, avec une peau fragile et une sensibilité à la tavelure variable selon les vergers ; elle s'accorde très bien avec le BA29. Elle laisse tomber beaucoup de jeunes fruits d'elle-même.

Beurré Hardy

Ancienne · floraison mi-saison · groupe 4 · pollen bon

Le CRA-W situe sa consommation de la fin septembre à octobre, la RHS sa récolte en octobre.

Poire de dessert.

Elle s'accorde bien avec le cognassier, et le CRA-W comme Agroscope la recommandent comme intermédiaire de greffe pour les variétés qui s'y accordent mal. La RHS lui reconnaît une certaine résistance à la tavelure, la dit lente à entrer en production et rustique, alors que le CRA-W la note plus sévèrement sur la tavelure.

Beurré Lebrun

Ancienne · floraison mi-saison · groupe 4 · pollen bon

Résistance : tavelure

Le CRRG la situe en fin août et début septembre, le CRA-W en consommation de la mi-septembre à octobre.

Les fruits blettissent très facilement à partir du cœur dès qu'ils virent au jaune : il faut les surveiller de près.

Poire de dessert juteuse, sucrée et parfumée.

Le CRRG la juge assez précoce, rustique et productive, avec une très belle qualité de végétation dans ses vergers non traités ; le CRA-W la note peu sensible à la tavelure sur fruits et sur bois et compatible avec le cognassier.

Poire à Clément

Régionale · floraison mi-saison · groupe 4 · pollen mauvais

Résistance : tavelure (forte tolérance)

Le CRRG la cueille à la mi-août, huit à dix jours avant les Williams, pour une consommation de la deuxième quinzaine d'août au début de septembre.

Sa période de consommation court de la deuxième quinzaine d'août au début de septembre.

Fruit de table très fin et fondant, apprécié aussi en pâtisserie et en jus.

Elle a été trouvée à Englefontaine, dans le Nord, et elle est issue d'une mutation de Merton Pride ; le CRRG la juge d'une saveur et d'une rusticité exceptionnelles et pense qu'elle remplacera très avantageusement le Williams. Son pollen est mauvais : elle demande un pollinisateur.

Sucrée de Montluçon

Régionale · floraison précoce · groupe 3 · pollen bon

Résistance : tavelure

Le CRRG la cueille de la fin septembre au début octobre, pour une consommation d'octobre à novembre.

Sa consommation s'étend d'octobre à novembre.

Poire d'automne à couteau, juteuse, sucrée et aromatique.

Originaire de l'Allier, le CRRG la présente comme une bonne poire d'automne rustique, très peu sensible à la tavelure.

Poire à côte d'or (Belle de Monchaux)

Régionale · floraison tardive · groupe 5 · pollen bon

Résistance : tavelure (forte tolérance)

Le CRRG la cueille au début d'octobre, pour une consommation de décembre à mars-avril.

Le CRRG la dit d'une très bonne conservation.

Poire à cuire, à la chair très astringente, sucrée et acidulée, cuite entière et non épluchée.

Typique de la région d'Amiens et presque totalement oubliée, elle a une très belle qualité de végétation dans les vergers non traités du CRRG. Le CRA-W n'a pas décrit cette variété, et le tableau croisé de Gaume la range en groupe 7 là où le CRRG la met en 5.

Planter

Quand planter : On plante de préférence à la fin de l'automne, avant les premiers gels, et sinon pendant l'hiver jusqu'au printemps, dans un sol qui n'est ni gelé ni détrempé.

Calendrier indicatif, mois par mois
Étape J F M A M J J A S O N D
Plantation janvier février mars novembre décembre
Floraison mars avril
Récolte août septembre octobre

Mois indicatifs pour la zone « France, plaine tempérée (repères tirés du FiBL, de la RHS, de la SNHF, d'un bulletin de santé du végétal de Midi-Pyrénées et des conservatoires du CRA-W et du CRRG) ». L'état du sol et le stade de l'arbre décident, pas la date.

Arroser les premières années : La RHS demande d'arroser régulièrement un poirier nouvellement planté pendant les périodes sèches de ses deux premières années. Aucune source institutionnelle ne donne de volume d'arrosage pour un jeune fruitier de jardin.

Multiplier : Le poirier se multiplie par greffe sur franc ou sur cognassier : à l'anglaise ou en fente en mars-avril, en couronne en avril-mai, en écusson à œil dormant en juillet-août, et en chip-budding en avril ou en septembre. Les clones de poirier utilisés comme porte-greffe (Pyriam, Farold) ne se multiplient qu'in vitro ou par bouture.

Tailler

Formation

Quand : Pendant les premières années, jusqu'aux premiers fruits.

Comment : Dans la ligne de l'école Lespinasse, on laisse monter la tête du scion comme celle d'un pommier et l'on compte sur les premières poires pour l'arrêter ; on plie les branches trop concurrentes plutôt que de les couper, avec des angles d'inclinaison plus faibles qu'en pommier, sans arquer une branche trop jeune.

Pourquoi : Le poirier met toute sa force au sommet, il est très vertical et sa tête domine fortement, et les structures fortes et verticales mènent au déséquilibre et au dégarnissement de l'arbre adulte. Aucune source de l'école Lespinasse lue ne détaille la formation d'un jeune poirier, alors que la taille classique rabat plus fortement son axe.

Fructification

Quand : En fin d'hiver, hors période de gel : les Croqueurs de pommes taillent les poiriers dès début février, avant les pommiers, et la période va de décembre à mars.

Comment : Comme pour le pommier, on réduit la densité des coursonnes plutôt que de raccourcir les branches fruitières, on supprime entière une branche devenue trop grosse et l'on éclaire le dessous des branches, sans enlever plus de 10 à 20 % du volume sur un adulte. Sur les formes palissées, la SNHF pratique à l'inverse une taille courte, en ne laissant que 3 à 4 yeux sur les rameaux latéraux.

Pourquoi : Pour le poirier comme pour le pommier, l'enjeu principal est de réduire la densité des coursonnes, surtout sur les variétés qui fleurissent beaucoup ; chez les grands poiriers de plein vent, la taille peut être espacée de trois à six ans (FiBL, poires à cidre).

En vert

Quand : En juin, avant que les pousses ne s'aoûtent ; les formes palissées se taillent à la fin de l'été.

Comment : On arrache à la main les gourmands encore tendres, à leur base.

Pourquoi : C'est le seul geste d'été sur lequel toutes les sources s'accordent ; l'idée que la taille d'été calme l'arbre n'est pas confirmée, puisqu'une étude ne trouve aucun effet sur la pousse de l'année suivante.

Restauration

Quand : En fin d'hiver, sur deux ou trois années successives.

Comment : On étale le travail sur deux ou trois ans et l'on évite de couper des branches de plus de 5 cm de diamètre, en réduisant le nombre de coursonnes plutôt qu'en étêtant l'arbre.

Pourquoi : Un vieil arbre taillé d'un coup réagit par une forêt de gourmands, et aucune source lue ne décrit la restauration d'un poirier autrement que celle d'un pommier.

Les gestes qui comptent

Éclaircissage

En deux passages : le premier 40 à 45 jours après la floraison, sur des fruits de 10 à 15 mm, en laissant deux fruits par bouquet ; le second à un fruit par bouquet, avant la fin juin pour les poires.

On garde plutôt un fruit en position latérale sur un poirier, alors que sur un pommier on garde celui du centre ; pour la Comice et la Passe-Crassane, qui laissent tomber beaucoup de jeunes fruits d'elles-mêmes, la SNHF conseille d'attendre cette chute avant d'éclaircir.

Extinction des coursonnes

En février et en mars, quand les boutons à fleurs sont gonflés.

Lauri, de l'INRA, a testé sur la variété Guyot l'extinction artificielle des coursonnes en année sans récolte, pour réduire la densité des coursonnes ; aucune règle chiffrée de charge n'existe pour le poirier.

Ramasser ou enfouir les feuilles mortes

En automne et en hiver, le plus tôt possible après la chute des feuilles.

La tavelure passe l'hiver dans les feuilles tombées, et un bulletin de santé du végétal affirme que détruire ou enfouir la litière réduit l'inoculum de façon très significative, d'autant plus que c'est fait tôt ; dans un essai du GRAB, le balayage n'a pas eu d'effet démontré sur les fruits.

Surveiller le psylle et préserver ses prédateurs

Dès la mi-janvier, quand il fait plus de 10 °C deux jours de suite, et jusqu'en juin.

Les femelles pondent à la base des bourgeons à fleurs dès ces premiers redoux. Les arboriculteurs posent alors une barrière d'argile, mais aucun produit à l'argile n'est autorisé au jardin sur les fruits à pépins : le seul kaolin de la gamme amateur ne vise que le cerisier et l'olivier. Au jardin, on évite l'excès d'azote et de vigueur que le psylle apprécie, et l'on préserve les punaises prédatrices Anthocoris et Orius, comme le demandent les bulletins de santé du végétal.

Bandes de carton ondulé et filets contre le carpocapse

Les filets après la floraison, les bandes de carton de juillet à fin octobre autour du tronc.

La fiche de la FREDON et du CRA-W sur le carpocapse des pommes et des poires associe ces moyens au ramassage des fruits piqués et aux pièges à phéromones, qui limitent les accouplements sans détruire l'insecte.

Éloigner les genévriers

Avant la plantation, ou dès qu'une rouille grillagée apparaît sur les feuilles.

Le champignon vit toute l'année sur certains genévriers ornementaux et ses spores voyagent jusqu'à 500 m et plus ; la mesure la plus efficace est d'abattre les genévriers infectés proches des poiriers, un poirier malade ne contaminant pas un autre poirier.

Régler la vigueur et l'azote

À l'automne par un apport de compost, et au printemps, environ un mois avant la floraison, par un engrais organique à la bande de plantation.

Le GRAB note que le poirier, surtout sur cognassier, pâlit vite par manque d'azote autour de la floraison, alors que les bulletins de santé du végétal demandent une taille adaptée et une fertilisation raisonnée pour éviter l'excès de végétation que le psylle apprécie.

L'année de l'arbre

Janvier
On plante les poiriers en racines nues quand le sol n'est ni gelé ni détrempé. Les psylles qui ont passé l'hiver pondent dès que la température dépasse 10 °C deux jours de suite (pontes observées dès le 21 janvier 2025 en Midi-Pyrénées), et on surveille ces pontes à la base des bourgeons à fleurs.
Février
Les Croqueurs de pommes taillent les poiriers dès début février, avant les pommiers, et l'on éteint les coursonnes en surnombre en février et en mars. On surveille les œufs de psylle sur les bourgeons et les larves d'anthonome dans les bourgeons à fleurs.
Mars
On termine la taille hors période de gel, on greffe à l'anglaise ou en fente, et les bourgeons approchent du stade boutons groupés (C3 au 4 mars 2025 en Midi-Pyrénées), à partir duquel la tavelure peut contaminer par temps de pluie. Les adultes de la cécidomyie des poirettes sortent vers la fin du mois.
Avril
La floraison expose les fleurs au gel dès −2,2 °C pour 10 % de pertes. C'est aussi le moment où la rouille grillagée infecte les jeunes feuilles à partir des genévriers, où les pontes de la cécidomyie commencent au stade début bouton rose, et où les premiers papillons du carpocapse sortent à la fin du mois dans le Sud-Ouest.
Mai
L'éclaircissage commence 40 à 45 jours après la floraison, sur des fruits de 10 à 15 mm, en laissant deux fruits par bouquet. Les filets contre le carpocapse se posent après la floraison, et la fin du mois ouvre la période critique du psylle.
Juin
On finit l'éclaircissage avant la fin juin en gardant un fruit latéral par bouquet, et l'on arrache les gourmands tendres avant leur aoûtement. Le psylle est à surveiller de fin mai à juin, et les jeunes poiriers s'arrosent par temps sec.
Juillet
On pose les bandes de carton ondulé autour du tronc, de juillet à fin octobre, contre le carpocapse. L'écusson à œil dormant se pratique en juillet et en août.
Août
Les premières poires se récoltent (la Poire à Clément à la mi-août, les Williams vers la fin du mois) et se contrôlent chaque jour car elles blettissent vite. Les formes palissées se taillent à la fin de l'été, et les feuilles des poiriers atteints de dépérissement rougissent dès août.
Septembre
On cueille Williams, Conférence et Beurré Hardy avant leur complète maturité pour les garder, et l'on range les fruits sains au fruitier, à 4-7 °C. Les anthonomes reprennent leur activité et pondent dans les bourgeons à fleurs, et le chip-budding se pratique en avril ou en septembre.
Octobre
La Doyenné du Comice se cueille dès octobre, et les poires d'hiver passent ensuite quatre à huit semaines au froid avant de pouvoir mûrir. On retire à la fin du mois les bandes de carton avec les larves qu'elles abritent, on ramasse les fruits piqués et l'on commence à ramasser les feuilles tombées.
Novembre
On plante à la fin de l'automne, avant les premiers gels, et l'on enfouit ou détruit la litière de feuilles pour réduire l'inoculum de tavelure. Les poires d'hiver se sortent du froid pour mûrir entre 15 et 22 °C, quelques jours avant d'être mangées.
Décembre
On peut tailler de décembre à mars hors période de gel, et planter tant que le sol n'est ni gelé ni détrempé. On contrôle le fruitier, car les poires peuvent blettir ou brunir à cœur sans signe extérieur.

Maladies et ravageurs

Anthonome du poirier

Anthonomus pyri

Ce charançon pond à la fin de l'été dans les bourgeons à fleurs, où la larve dévore les futurs organes floraux pendant l'hiver, si bien que le bourgeon ne s'ouvre pas au printemps.

Le moment à risque : des pontes de septembre aux larves observées dès février, avec des adultes en avril-mai

Carpocapse

Cydia pomonella

La chenille de ce petit papillon perce les poires comme les pommes ; dans le Sud-Ouest, il fait deux à trois générations par saison et la première sort fin avril.

Le moment à risque : du vol des premiers papillons, fin avril dans le Sud-Ouest, jusqu'à la récolte

Cécidomyie des poirettes

Contarinia pyrivora

Très rare mais grave, elle pond dans les boutons ; les larves vivent quatre à six semaines dans les poirettes, qui se déforment, noircissent et tombent.

Le moment à risque : des adultes à la fin mars aux pontes dès le début bouton rose, puis aux larves après la chute des pétales

Dépérissement du poirier

Candidatus Phytoplasma pyri

Un phytoplasme transmis par le psylle et par les greffons fait rougir les feuilles dès le mois d'août et épuise lentement l'arbre ; aucune régulation directe n'existe, et l'on arrache l'arbre malade.

Le moment à risque : à la greffe et à chaque piqûre de psylle, avec des symptômes visibles dès août

Feu bactérien

Erwinia amylovora

Cette bactérie dessèche les rameaux et les fleurs du poirier, du pommier, du cognassier et de plusieurs arbustes de haie, sans traitement curatif efficace ; un particulier coupe à 1 m sous les symptômes et brûle le bois.

Le moment à risque : à la floraison et à chaque plaie, taille grossière, aspersion ou excès d'eau

Moniliose

Monilinia fructigena

Le champignon a besoin d'une blessure pour infecter les fruits et passe l'hiver dans les fruits momifiés ; les blessures viennent du carpocapse, de la grêle ou des oiseaux.

Le moment à risque : sur les fruits blessés, jusqu'à la récolte

Psylle commun du poirier

Cacopsylla pyri

Les femelles qui ont passé l'hiver pondent dès la mi-janvier à la base des bourgeons à fleurs, et la première génération éclot à la floraison ; les larves produisent un miellat qui salit les fruits, et l'insecte transmet aussi le dépérissement du poirier.

Le moment à risque : de la ponte, dès la mi-janvier, à la floraison pour la première génération, avec une période critique de fin mai à juin

Puceron mauve du poirier

Dysaphis pyri

Il passe l'hiver à l'état d'œufs dans les crevasses du bois du poirier, et sa seule présence suffit à atteindre le seuil de nuisibilité ; il est moins dangereux que le puceron cendré du pommier.

Le moment à risque : des œufs d'hiver aux fondatrices sur les bourgeons

Tout sur : Pucerons — le reconnaître, ce qui marche →

Rouille grillagée

Gymnosporangium sabinae

Elle fait des taches jaune vif à rouge sur le dessus des feuilles du poirier, puis des excroissances qui se craquèlent en grillage dessous ; le champignon vit toute l'année sur certains genévriers, et ses spores voyagent jusqu'à 500 m et plus.

Le moment à risque : à la feuillaison du poirier, quand les spores des genévriers infectent les jeunes feuilles

Tavelure

Venturia pirina

Elle fait des taches sur les fruits, qui les déprécient, et des boursouflures sur les rameaux qui entretiennent la maladie d'une année sur l'autre ; le champignon passe l'hiver dans les feuilles tombées et contamine par temps de pluie à partir du stade boutons groupés.

Le moment à risque : du stade boutons groupés (C3-D, BBCH 54-55) jusqu'à la fin des contaminations, tant que les feuilles restent humides

Récolter

On cueille la poire juste avant sa pleine maturité, quand elle est ferme et gonflée, car elle mûrit hors de l'arbre ; pour une longue garde, on cueille avant la complète maturité. Les variétés précoces se contrôlent chaque jour, car elles peuvent mûrir et passer vite. Selon la SNHF, les variétés les plus précoces se cueillent dès la fin juillet.

La RHS indique qu'une variété précoce met environ une semaine à s'attendrir après la cueillette, et une variété tardive jusqu'à plusieurs mois. Les poires d'hiver comme la Comice ont besoin de 4 à 8 semaines de froid à −1/0 °C avant de pouvoir mûrir, puis mûrissent entre 15 et 22 °C d'après l'université de Californie.

Conserver et transformer

ModeTempératureHumiditéDurée
Fruitier domestique4 à 7 °C—0,5 à 3 (de 2 semaines à 3 mois)
La RHS conseille un local frais, sombre, aéré, sans gel et un peu humide, à température stable entre 4 et 7 °C, et précise que les poires peuvent descendre jusqu'à 0 °C ; elles se gardent de deux semaines à trois mois selon les conditions, et demandent un contrôle quotidien car elles passent vite. Les poires et les coings sont sujets au brunissement interne, visible à la récolte ou apparu plus tard en stockage.
Chambre froide professionnelle−1,5 à −0,5 °C90 à 95 %2 à 7 mois
Ce sont les conditions de la poire européenne dans le tableau de l'université de Californie, où la durée dépend de la variété ; la Bartlett (Williams) se garde jusqu'à trois mois à −1/0 °C. La poire produit beaucoup d'éthylène et y est très sensible : on la tient à l'écart des kiwis et des légumes qu'on veut garder.
Réfrigérateur3,3 à 5,6 °C——
Le guide domestique de l'université de Californie conseille de faire mûrir les poires sur le plan de travail puis de les mettre au réfrigérateur, où une poire mûre se garde un à trois jours. La RHS précise que quelques poires rangées en vrac dans le bac à légumes peuvent retarder leur mûrissement.

Bocal

Les poires pelées, coupées en deux, bouillies 5 min dans un sirop léger, du jus de pomme, du jus de raisin blanc ou de l'eau, puis mises en bocaux chaudes avec leur liquide, se stérilisent au bain-marie bouillant selon le barème testé de l'USDA (2015) : 20 min pour une pinte américaine (473 mL) et 25 min pour un quart (946 mL) jusqu'à 305 m d'altitude, puis 25 et 30 min entre 306 et 914 m. L'USDA ne donne aucun temps pour des poires crues en bocal et précise que ce remplissage donne de mauvaises poires.

AltitudeBocalTemps
0 à 305 mpinte (473 mL)20 min
0 à 305 mquart (946 mL)25 min
306 à 914 mpinte (473 mL)25 min
306 à 914 mquart (946 mL)30 min

Barème testé : bain-marie bouillant, remplissage à chaud (USDA, Complete Guide to Home Canning, 2015). Au-dessus de l'altitude indiquée, le temps change.

Compote

L'USDA ne publie aucun barème pour une compote de poires : seule la compote de pommes est testée, et ses temps ne se transposent pas à la poire. Faute de barème, on met la poire en bocal en moitiés selon le barème ci-dessus, ou l'on choisit un autre mode de conservation, dont la congélation fait partie sans être la seule solution.

Séchage

Les poires se sèchent à 60 °C, au four ou au déshydrateur, en quartiers, en huitièmes ou en tranches de 3 à 6 mm, après dix minutes dans une solution d'acide citrique ou autre solution anti-brunissement ; il faut compter 6 à 10 heures pour des tranches et 24 à 36 heures pour des moitiés, jusqu'à ce que la chair soit élastique, d'aspect daim et sans poche d'humidité. Les fruits secs se gardent 6 à 12 mois au frais et à l'abri de la lumière.

Avec le climat qui change

La floraison du poirier et du pommier a avancé brusquement à la fin des années 1980, entre 1988 et 1989 ; pour le Williams à Angers, une synthèse de l'INRA de 2018 compte 10 jours d'avance, alors que le ministère juge l'avance moins évidente que pour le Golden. Les gelées de printemps ne reculent pas pour autant : l'épisode d'avril 2021 est devenu 50 % plus probable. En 2026, la récolte européenne de poires est annoncée en baisse de 7 % sur la normale, à 1,9 million de tonnes, à cause du temps sec et chaud, du manque d'eau et de la grêle, d'après la presse belge.

Les variétés à floraison tardive, comme la Doyenné du Comice, sont celles qu'une étude propose de choisir dans les régions aux gelées de printemps fréquentes, à condition de leur associer un pollinisateur du même groupe. Pour un arbre qu'on n'arrose pas ou un sol sec et calcaire, le franc, Farold et Pyriam tolèrent mieux la sécheresse que les cognassiers, le BA29 étant le moins mauvais de ceux-ci. Contre le psylle, qui pond dès la mi-janvier, les arboriculteurs posent une barrière d'argile, mais aucun produit à l'argile n'a d'usage sur fruits à pépins dans le catalogue E-Phy amateur.

Les 106 références de cette fiche

Chaque valeur de la fiche vient d'une de ces sources. Quand elles ne disent pas la même chose, la fiche retient la mieux établie.

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  89. FiBL, Bio Suisse, BirdLife, Hautes-Tiges Suisse, Arboriculture fruitière biologique haute-tige, 2016, p. 16 praticien ou réseau technique
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  92. FiBL, Bio Suisse, BirdLife, Hautes-Tiges Suisse, Arboriculture fruitière biologique haute-tige, 2016, p. 31-32 praticien ou réseau technique
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  96. Formation « Les arbres fruitiers du verger », Contenus/bloc4-tailler-espece-par-espece/01_pommier-et-poirier.md, ligne 148 praticien ou réseau technique
  97. Formation « Les arbres fruitiers du verger », Contenus/bloc4-tailler-espece-par-espece/01_pommier-et-poirier.md, ligne 154 praticien ou réseau technique
  98. Garcia M. E., Cold hardiness of fruit trees in Vermont, UVM Apple Team, diaporama non daté (dossier pommier.md §1) praticien ou réseau technique
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